Aperçu
Franz Liszt (1811-1886) était un compositeur, pianiste virtuose et chef d’orchestre hongrois, devenu la première « star du rock » de la musique classique. Il a redéfini la technique pianistique, inventé le récital de piano moderne et repoussé les limites de la forme musicale et de l’harmonie au XXe siècle.
1. La première superstar mondiale : « Lisztomania »
Dans les années 1840, la renommée de Liszt atteignit un niveau d’hystérie sans précédent dans le monde musical, un phénomène que le poète Heinrich Heine baptisa « Lisztomanie ». * Style d’interprétation : Avant Liszt, les pianistes étaient généralement assis face au public ou de dos. Liszt fut le premier à placer le piano de profil afin que le public puisse admirer son jeu et ses mains « divines ».
Le récital : Il a quasiment inventé le récital de piano solo. Auparavant, les concerts étaient des spectacles de variétés mettant en scène plusieurs artistes ; Liszt a prouvé qu’un seul homme et un piano pouvaient captiver un public pendant toute une soirée.
Maîtrise technique : Son jeu était si intense qu’il cassait fréquemment des cordes de piano et nécessitait plusieurs instruments sur scène. Ses mains, longues et fines comme des araignées, lui permettaient de jouer des accords massifs et des sauts fulgurants que peu d’autres pouvaient égaler.
2. Principales contributions musicales
Liszt était bien plus qu’un simple interprète ; c’était un innovateur radical qui a changé la façon dont la musique était composée et enseignée.
Le poème symphonique : il a inventé ce genre, une œuvre orchestrale en un seul mouvement qui raconte une histoire ou illustre un poème (par exemple, Les Préludes ) . Cela a fait évoluer la musique des formes « abstraites » strictes comme la symphonie vers la musique à programme.
Transformation thématique : Technique consistant à modifier une même idée musicale tout au long d’une œuvre pour représenter différentes ambiances ou différents personnages. Cette technique a fortement influencé l’utilisation du leitmotiv par Richard Wagner.
La masterclass : Liszt est considéré comme l’inventeur du format de la masterclass, où un professeur dispense un enseignement à des élèves devant un public. Il a enseigné à des centaines d’élèves, souvent gratuitement.
Transcriptions : Il a rendu accessibles les œuvres d’autrui en « transcrivant » des symphonies orchestrales complètes (comme celles de Beethoven ) et des opéras (comme ceux de Wagner ) pour piano solo, agissant comme un « Spotify » humain pour son époque.
3. Œuvres notables
de Liszt est immense, avec plus de 700 compositions. Parmi ses œuvres les plus célèbres, on peut citer :
Musique pour piano : Rhapsodies hongroises (en particulier la n° 2), La Campanella, Liebestraum n° 3 et les Études transcendantales .
Chef-d’œuvre : La Sonate pour piano en si mineur, une œuvre révolutionnaire jouée en un seul mouvement continu de 30 minutes.
Œuvres orchestrales : Une symphonie sur Faust et une symphonie sur Dante.
4. Vie personnelle et “l’abbé Liszt ”
de Liszt fut un parcours qui le mena d’un virtuose flamboyant et scandaleux à une figure religieuse austère.
Relations : Il a eu des liaisons très médiatisées, notamment avec la comtesse Marie d’Agoult (avec qui il a eu trois enfants, dont Cosima Wagner) et plus tard avec la princesse Carolyne zu Sayn-Wittgenstein.
Tournant religieux : Dans ses dernières années, après la mort tragique de deux de ses enfants, il s’installe à Rome et reçoit les ordres mineurs de l’Église catholique, devenant connu sous le nom d’abbé Liszt .
Style tardif : Ses dernières compositions sont devenues épurées, sombres et harmoniquement expérimentales, frôlant souvent l’atonalité (absence de tonalité fixe), ouvrant ainsi directement la voie à la musique moderne du XXe siècle.
Histoire
L’histoire de Franz Liszt est l’un des parcours les plus marquants de l’histoire de la musique. C’est un voyage qui commence avec un enfant prodige dans un petit village hongrois et s’achève avec un moine austère à Rome, après avoir profondément transformé notre façon d’écouter, d’interpréter et d’enseigner la musique.
Le jeune « Hercule » : 1811–1827
Né à Raiding, en Hongrie, Liszt était le fils d’un musicien amateur travaillant pour la même famille noble qui avait jadis employé Haydn. Dès l’âge de neuf ans, Franz était une véritable sensation. Son père, Adam, sacrifia tout pour emmener sa famille à Vienne, où le légendaire Carl Czerny enseigna gratuitement au jeune garçon, et où Beethoven lui aurait même donné un « baiser de consécration » après un concert.
À douze ans, Liszt était à Paris. Bien que le Conservatoire l’ait refusé en raison de sa nationalité étrangère, il devint rapidement la coqueluche des salons. Cependant, la mort subite de son père en 1827 le bouleversa. Il sombra dans une profonde dépression, faillit abandonner la musique pour entrer dans les ordres, et pendant quelques années, il tomba dans un tel oubli qu’un journal parisien publia même par erreur sa nécrologie.
Le réveil romantique : 1830-1839
Deux événements ont réveillé Liszt. D’abord, la Révolution de Juillet 1830 à Paris a réveillé son âme politique. Ensuite, il a assisté à un concert du virtuose du violon Niccolò Paganini . Voyant Paganini réaliser l’« impossible » sur quatre cordes, Liszt a juré d’en faire autant sur quatre-vingt-huit touches.
Il se retira de la vie publique pour s’exercer jusqu’à quatorze heures par jour. À son retour, il n’était plus seulement un pianiste ; il était une force de la nature. Durant cette période, il entama également une liaison très médiatisée et scandaleuse avec la comtesse Marie d’Agoult, avec laquelle il s’enfuit en Suisse et en Italie. Ces voyages inspirèrent ses Années de pèlerinage , où il commença à tisser des liens entre la musique, la nature et la littérature.
Le phénomène de la « Lisztomanie » : 1839-1847
Cette période, connue sous le nom de Glanzzeit (Jours de gloire), est celle où Liszt est devenu la première véritable « rock star » au monde. Il parcourait plus de 6 400 kilomètres par an dans une calèche aménagée, donnant plus de mille concerts.
Il inventa le récital solo (avant lui, les concerts étaient toujours des événements collectifs) et fut le premier à jouer entièrement de mémoire. L’hystérie qu’il provoqua – femmes s’évanouissant, hurlant et se disputant ses mégots de cigares – était si inédite qu’elle fut diagnostiquée médicalement comme une « lisztomanie ». Pourtant, derrière cette gloire, il était un philanthrope, faisant des dons considérables aux victimes des inondations en Hongrie et pour l’achèvement du monument Beethoven à Bonn.
L’architecte de Weimar : 1848–1861
Au sommet de sa gloire, Liszt fit l’impensable : il se retira de la scène à l’âge de 35 ans. Il s’installa à Weimar comme chef d’orchestre et se concentra sur « la musique du futur ».
C’est ici qu’il inventa le poème symphonique, une nouvelle manière pour les orchestres de raconter des histoires sans la structure rigide d’une symphonie. Il devint également le plus grand défenseur de son époque, usant de son influence pour faire connaître les œuvres de génies en difficulté comme Richard Wagner et Hector Berlioz. Sans la promotion inlassable et le soutien financier de Liszt, Lohengrin de Wagner n’aurait peut-être jamais été joué.
L’« Abbé Liszt » et ses dernières années : 1861-1886
La fin de la vie de Liszt fut marquée par la tragédie et la spiritualité. Après la mort de deux de ses enfants et l’échec de sa tentative de mariage avec la princesse Carolyne von Sayn-Wittgenstein (empêché par le pape et le tsar de Russie), Liszt s’installa dans un petit appartement d’un monastère romain.
En 1865, il fut ordonné moine dans l’Église catholique et devint « l’abbé Liszt ». Il porta la soutane noire jusqu’à la fin de sa vie. Sa musique se transforma : les gammes flamboyantes et les octaves tonitruantes disparurent. Ses dernières œuvres devinrent épurées, envoûtantes et d’une harmonie singulière, si en avance sur leur temps qu’elles annonçaient l’atonalité du XXe siècle.
« Je porte dans mon cœur une profonde tristesse qui, de temps à autre, doit éclater en sons. » — Franz Liszt, dans ses dernières années.
Il passa ses dix dernières années à mener une vie partagée entre Rome, Weimar et Budapest, où il enseignait gratuitement le piano à la nouvelle génération de pianistes. Il mourut en 1886 à Bayreuth, lors d’un festival dédié à son gendre, Wagner.
Histoire chronologique
La vie de Franz Liszt se comprend mieux comme une série de transformations radicales, passant d’un enfant prodige à une superstar mondiale, et enfin à un moine visionnaire.
Le prodige et la crise parisienne (1811–1830)
Né en 1811 à Raiding, en Hongrie, Liszt manifesta un talent précoce dès l’âge de six ans. Son père, Adam, obtint le soutien de nobles hongrois pour s’installer avec sa famille à Vienne en 1822, où le jeune Franz étudia auprès de Carl Czerny et d’Antonio Salieri. Il reçut même un « baiser de consécration » de Beethoven, consacrant ainsi son statut d’étoile montante.
En 1823, la famille s’installa à Paris. Bien que le Conservatoire l’ait refusé en raison de sa nationalité étrangère, il fit sensation dans les salons. Cependant, la mort de son père en 1827 plongea le jeune homme de quinze ans dans une profonde dépression. Il se retira de la vie publique, s’interrogeant sur sa vocation et se plongeant dans l’art et la religion, une période d’introspection qui allait définir sa profondeur intellectuelle pour les années à venir.
L’Éveil et la Naissance d’un Virtuose (1830–1838)
La révolution de juillet 1830 et un concert donné en 1832 par le violoniste Niccolò Paganini incitèrent Liszt à se remettre au travail. Jurant d’accomplir pour le piano ce que Paganini avait accompli pour le violon, il passa des années en ermite, s’exerçant jusqu’à 14 heures par jour.
Durant cette période, il rencontra la comtesse Marie d’Agoult, avec laquelle il s’enfuit en Suisse et en Italie en 1835. Ces « années de pèlerinage » marquèrent un tournant créatif, l’orientant vers une musique inspirée par la nature et la littérature. De son union avec la comtesse naquirent trois enfants – Blandine, Cosima et Daniel – mais les exigences de sa carrière grandissante finirent par mettre leur relation à rude épreuve.
L’ère de la Lisztomanie (1839-1847 )
À partir de 1839, Liszt entreprit un grand tour d’Europe de huit ans, sans précédent dans l’histoire de la musique. Il devint le premier pianiste à donner des récitals en solo (il inventa lui-même le terme) et révolutionna le genre en jouant de mémoire et en plaçant le piano sur le côté.
Ses concerts à Berlin en 1841 déclenchèrent une vague d’hystérie collective connue sous le nom de « Lisztomanie ». Les fans se battaient pour ses gants et ses bijoux confectionnés à partir de cordes de piano cassées. Malgré ce chaos, il mit sa notoriété au service de la philanthropie, reversant les recettes de ses concerts à des œuvres humanitaires, notamment aux victimes des inondations de Pest et pour l’achèvement du monument Beethoven à Bonn.
La révolution de Weimar (1848-1861 )
En 1847, lors d’un séjour à Kiev, Liszt rencontra la princesse Carolyne zu Sayn-Wittgenstein, qui l’encouragea à abandonner sa vie de virtuose itinérant pour se consacrer à la composition. Il se retira de la scène à seulement 35 ans et s’installa à Weimar comme maître de chapelle.
Cette période fut la plus productive de sa carrière. Il inventa le poème symphonique, une forme orchestrale narrative, et composa des chefs-d’œuvre comme la Sonate en si mineur. Weimar devint le centre de la « Nouvelle École allemande », où Liszt soutint inlassablement d’autres compositeurs, notamment Richard Wagner, dont il créa l’opéra Lohengrin en 1850.
L’« Abbé Liszt » et ses dernières années (1861–1886)
Le dernier chapitre de la vie de Liszt fut marqué par le deuil et la spiritualité. Après la mort de deux de ses enfants et l’échec de sa tentative d’épouser la princesse Carolyne, Liszt se retira dans un monastère à Rome en 1863. En 1865, il entra dans les ordres mineurs de l’Église catholique et devint l’« abbé Liszt ».
Il passa ses dernières années dans une vie partagée entre Rome, Weimar et Budapest. Sa musique tardive devint plus épurée et harmoniquement expérimentale, flirtant souvent avec l’atonalité. Il consacra une grande partie de son temps à enseigner gratuitement à la jeune génération. Le 31 juillet 1886, alors qu’il rendait visite à sa fille Cosima à Bayreuth, Liszt mourut d’une pneumonie à l’âge de 74 ans.
Style, mouvement et période de la musique
Franz Liszt était le radical par excellence de son époque. Il n’a pas seulement participé à un mouvement musical ; il en a dirigé l’aile la plus extrémiste, repoussant les limites de ce qui était considéré comme « autorisé » en musique à un point tel qu’il a véritablement jeté les bases d’une vision d’avenir.
Période et mouvement
Période : Romantique (XIXe siècle).
Mouvement : Il fut le principal chef de file de la « Nouvelle École allemande » (aux côtés de Richard Wagner). Ce courant, progressiste et novateur, était une branche du romantisme qui considérait que la musique devait être liée à la littérature, à l’art et au théâtre.
Nationalisme : Il fut une figure majeure du nationalisme hongrois, notamment pour avoir intégré les rythmes et les gammes « tziganes » de sa patrie dans des œuvres telles que les Rhapsodies hongroises.
Était-il traditionnel ou novateur ?
Liszt était farouchement novateur. Tandis que ses contemporains comme Brahms étaient des « traditionalistes » qui souhaitaient préserver la pureté et l’abstraction de la musique (en s’en tenant aux formes anciennes de la symphonie et de la sonate), Liszt voulait briser ces formes.
Transformation thématique : au lieu d’utiliser des thèmes fixes qui se répètent, il a développé une technique où une seule mélodie évolue et « transforme » son caractère tout au long d’une pièce pour raconter une histoire.
Poème symphonique : Il a en quelque sorte tué le format traditionnel de la symphonie en quatre mouvements en inventant le « poème symphonique » — une œuvre orchestrale en un seul mouvement basée sur une idée extramusicale (comme un poème ou une peinture).
Était-il ancien ou nouveau ?
De son vivant, Liszt était considéré comme « la musique du futur ».
La « Guerre des Romantiques » : Sa musique était si « nouvelle » et « radicale » qu’elle déclencha une véritable guerre intellectuelle. Les critiques conservateurs la qualifiaient de « chaos » et de « bruit », tandis que les jeunes rebelles l’idolâtraient.
Radicalisme de la dernière période : Durant ses dernières années, sa musique devint si novatrice qu’elle effleura le modernisme. Il commença à expérimenter l’atonalité (musique sans tonalité principale) des décennies avant qu’elle ne devienne un élément standard de la musique du XXe siècle. Des pièces comme la Bagatelle sans tonalité étaient si révolutionnaires que ses propres élèves hésitaient souvent à les jouer.
Genres
L’œuvre musicale de Franz Liszt est d’une incroyable diversité, allant de pièces pianistiques virtuoses dignes d’une star du rock à une musique sacrée expérimentale et sombre. On peut généralement la classer en plusieurs genres principaux :
1. Musique pour piano solo (le répertoire de base)
Le piano était le principal instrument de Liszt , et il a composé plus pour lui que pour tout autre instrument.
Études : Il a transformé l’« étude » d’un simple exercice de doigté en un art de haut niveau, notamment dans ses Études transcendantales .
Pièces de caractère : Œuvres courtes et expressives qui capturent une ambiance ou une scène spécifique, telles que les Années de pèlerinage ou le célèbre Liebestraum n° 3.
La Sonate : Sa Sonate pour piano en si mineur est une œuvre marquante du genre, utilisant un seul mouvement continu plutôt que les trois ou quatre mouvements traditionnels.
Rhapsodies : Il a popularisé la rhapsodie en tant que genre, et plus particulièrement les rhapsodies hongroises, qui mêlaient des thèmes folkloriques à une virtuosité extrême.
2. La musique orchestrale et le « poème symphonique »
de Liszt à l’orchestre fut l’invention d’un genre entièrement nouveau.
Le poème symphonique (ou poème à tons directs) : œuvre en un seul mouvement pour orchestre illustrant un récit, un poème ou un tableau (par exemple, Les Préludes ) . Il en a composé 13.
Symphonies à programme : Contrairement aux symphonies traditionnelles, celles-ci étaient basées sur la littérature, comme sa Symphonie Faust (mettant en scène des personnages de Goethe) et la Symphonie Dante.
Concertos pour piano : Il a composé deux concertos majeurs pour piano et orchestre, célèbres pour leurs structures harmonieuses et interconnectées.
3. Transcriptions et paraphrases
Liszt agissait comme une véritable « industrie du disque à lui tout seul » en réécrivant pour piano la musique d’autres compositeurs.
Transcriptions : Il a réalisé des versions littérales pour piano des neuf symphonies de Beethoven, permettant ainsi aux gens de les écouter chez eux.
Paraphrases d’opéra : Il a repris des airs populaires d’opéras de Mozart, Verdi et Wagner et les a transformés en « fantaisies » ou « réminiscences » éblouissantes pour piano.
4. Musique sacrée et chorale
Dans ses dernières années, Liszt s’est beaucoup concentré sur sa foi, ce qui a donné lieu à une œuvre religieuse considérable.
Oratorios : Œuvres de grande envergure pour solistes, chœur et orchestre, telles que Christus et La Légende de Sainte Élisabeth.
Messes : Il en a composé plusieurs, dont la Missa Choralis et la Messe du Couronnement hongroise.
Œuvres expérimentales tardives : Des pièces comme Via Crucis (Le Chemin de Croix) sont épurées et presque modernes, utilisant l’orgue et le chœur de manière très non conventionnelle.
5. Lieder (Chants)
Bien que moins connues que ses œuvres pour piano, Liszt a composé plus de 80 lieder pour voix et piano. Celles-ci vont des romances françaises sentimentales aux intenses lieder allemands, souvent sur des poèmes de Goethe, Heine et Victor Hugo.
Caractéristiques de la musique
La musique de Franz Liszt se définit par un paradoxe : elle est à la fois l’apogée de l’exubérance romantique et l’aube de l’austérité moderniste. Pour comprendre sa « voix » musicale, il faut considérer ses trois identités principales : le virtuose, le poète et le visionnaire.
1. Symphonisme orchestral au piano
Liszt considérait le piano non seulement comme un instrument à clavier, mais comme un « orchestre à lui seul ».
Puissance acoustique : Il a étendu la gamme dynamique du piano , utilisant des accords massifs et des octaves rapides pour imiter la puissance des cuivres et des percussions.
Innovations techniques : Il a introduit les octaves « à l’aveugle », les passages de mains entrelacés et les sauts extrêmes sur le clavier. Il a été le premier à utiliser efficacement toute l’étendue de sept octaves du piano.
Texture : Sa musique utilise souvent des effets à trois mains (où une mélodie est jouée au milieu du clavier tandis que les deux mains tourbillonnent autour d’elle avec des arpèges), créant un « mur de son ».
2. Transformation thématique (La mélodie « vivante »)
Contrairement au style « classique » traditionnel où les thèmes se répètent de manière fixe, Liszt a été le pionnier de la transformation thématique.
Métamorphose : Il prenait une courte cellule musicale (un motif) et en modifiait le rythme, l’harmonie ou le caractère pour représenter différentes émotions ou différents points de l’intrigue.
Déroulement narratif : Un thème héroïque en début d’œuvre pouvait se transformer en un thème d’amour tendre au milieu, puis en une version sombre et sinistre à la fin. Cette technique lui permettait de maintenir l’unité dans des œuvres longues en un seul mouvement, comme sa Sonate en si mineur.
3. Inspiration programmatique et littéraire
Liszt pensait que « la musique est le cœur de la vie », mais qu’elle devait être associée à d’autres arts.
Au-delà de la musique « absolue » : il a largement rejeté l’idée que la musique ne soit que de « beaux sons ». Presque toutes ses œuvres majeures étaient « programmatiques », c’est-à-dire inspirées par un poème (Les Préludes ) , un tableau (Hunnenschlacht) ou un paysage (Années de pélérinage ) .
Profondeur psychologique : Plutôt que de simplement « peindre un tableau » avec du son, il visait à exprimer l’essence philosophique de ses sujets : la lutte de Faust, la divinité de Dante ou l’héroïsme de Prométhée.
4. Radicalisme harmonique (La voie vers l’atonalité)
Liszt fut peut-être le compositeur le plus audacieux sur le plan harmonique du XIXe siècle.
Chromatisme : Il a repoussé les limites des tonalités traditionnelles, utilisant si fréquemment les dièses et les bémols que la tonalité principale semblait souvent perdue.
La dissonance comme stabilité : Dans ses œuvres plus tardives, il a utilisé des accords durs et non résolus (comme la triade augmentée) comme fondement principal de la musique, plutôt que comme simple tension « passagère ».
Préfigurant le modernisme : sa dernière œuvre, Bagatelle sans tonalité , est largement considérée comme l’une des premières étapes vers l’atonalité qui définira les compositeurs du XXe siècle comme Schoenberg.
5. Caractère spirituel et nationaliste
Racines hongroises : Il a utilisé les gammes « tziganes » (gammes mineures avec deux notes altérées) et les rythmes de danse « Verbunkos » de son pays natal, donnant à sa musique une saveur distincte, fougueuse et souvent improvisée.
Mysticisme religieux : Surtout vers la fin de sa vie, sa musique devint épurée et « monastique ». Il utilisait des chants grégoriens et d’anciens modes ecclésiastiques pour créer une atmosphère de prière silencieuse et envoûtante.
Impacts et influences
L’influence de Franz Liszt sur l’histoire de la musique est si vaste qu’on parle souvent d’un « avant Liszt » et d’un « après Liszt ». Il était au cœur du monde musical du XIXe siècle, influençant aussi bien les élèves qu’il formait gratuitement que ses rivaux qui craignaient ses idées radicales.
1. Le père du spectacle moderne
Liszt a fondamentalement changé ce que signifie être un « interprète ».
Le récital solo : avant Liszt, les concerts étaient des spectacles de variétés. Il fut le premier à se produire seul pendant toute une soirée, inventant ainsi le terme « récital ». Il fut également un pionnier du jeu de mémoire, ce qui était considéré à l’époque comme un acte d’arrogance choquant, mais qui devint la norme mondiale.
Présence scénique : Il fut le premier à présenter le piano de profil afin que le public puisse observer les expressions et les mouvements des mains de l’interprète. Cela a déplacé l’attention de la « musique comme partition » à la « musique comme expérience ».
La Masterclass : Il a inventé le format de la masterclass. Plutôt que d’enseigner individuellement à huis clos, il enseignait à des groupes d’étudiants, en mettant l’accent sur l’interprétation plutôt que sur la simple technique digitale.
2. Innovation structurelle radicale
Liszt a brisé les « règles » de la forme musicale qui existaient depuis des siècles.
Le poème symphonique : en créant ce genre, il a affranchi l’orchestre de la symphonie en quatre mouvements. Cela a ouvert la voie à Richard Strauss et, plus tard, à la musique de film, où la musique est structurée par un récit ou un « programme » plutôt que par des règles abstraites.
de Richard Wagner (les thèmes de personnages utilisés aujourd’hui dans Star Wars ou Le Seigneur des Anneaux).
« Portail harmonique » : Vers la fin de sa vie, il expérimente la « musique sans tonalité » (atonalité). Son œuvre Nuages gris est considérée comme un pont direct vers l’impressionnisme (Debussy) et le modernisme du XXe siècle.
3. Le grand défenseur des autres
Liszt était peut-être la figure la plus généreuse de l’histoire de la musique.
Spotify humain : à une époque où l’enregistrement n’existait pas, il a transcrit les symphonies de Beethoven et les opéras de Wagner pour piano afin que les gens puissent les écouter chez eux.
Le système de soutien de Weimar : En tant que chef d’orchestre à Weimar, il a utilisé son influence pour créer les œuvres de compositeurs en difficulté ou controversés comme Berlioz et Wagner. Wagner a déclaré que sans le « dévouement sans égal » de Liszt , sa musique n’aurait peut-être jamais été connue.
Identité nationale : Il a contribué à la création de l’Académie royale hongroise de musique, jetant ainsi les bases de futurs génies hongrois comme Béla Bartók .
Activités musicales autres que la composition
Si Franz Liszt est immortalisé pour ses compositions, sa vie fut un tourbillon d’activités musicales diverses qui ont sans doute davantage contribué à façonner la culture musicale moderne que ses seules partitions. Infatigable défenseur, pédagogue et visionnaire, il considérait le génie comme un devoir moral envers la société.
1. Le pionnier du récital solo
Liszt a révolutionné la façon dont la musique était consommée. Avant lui, les concerts étaient des « spectacles de variétés » mettant en vedette plusieurs chanteurs et instrumentistes.
Le premier récitaliste : En 1839, il inventa le terme « récital » et devint le premier à se produire seul pendant toute une soirée.
Mise en scène : Il a été le premier à tourner le piano de profil afin que le public puisse voir les expressions et les mains de l’interprète.
Jouer de mémoire : Il a rompu avec la tradition d’avoir une partition sur scène, faisant de l’interprétation mémorisée la norme professionnelle qu’elle est aujourd’hui.
2. Le chef d’orchestre novateur
Lorsqu’il s’installa à Weimar en 1848, Liszt se consacra à l’orchestre.
Technique moderne : Il abhorrait la direction d’orchestre « mécanique » (qu’il appelait style « moulin à vent ») et utilisait à la place des gestes très expressifs pour communiquer l’ambiance et le récit de la musique.
Défenseur de la musique nouvelle : il a utilisé sa position pour créer des œuvres que d’autres chefs d’orchestre avaient trop peur d’aborder, notamment Lohengrin de Richard Wagner et Benvenuto Cellini d’ Hector Berlioz .
3. L’inventeur de la masterclass
Liszt fut peut-être le professeur de piano le plus influent de l’histoire, ayant formé plus de 400 élèves – notamment sans jamais faire payer ses cours.
Le format Masterclass : Il est passé des cours particuliers à l’enseignement en groupe. Il s’asseyait au piano pendant que les élèves jouaient les uns pour les autres, offrant des critiques sur l’art et l’esprit plutôt que sur la simple technique des doigts.
« L’esprit plutôt que la mécanique » : Il disait à ses élèves : « La technique doit naître de l’esprit, et non de la mécanique. » Il attendait de ses élèves qu’ils soient déjà compétents afin qu’ils puissent se concentrer sur la « poésie » de la musique.
4. Humanitarisme et philanthropie
Liszt vivait selon la devise « Génie oblige ». Il fut l’un des premiers grands artistes à mettre sa notoriété au service du bien commun.
Concerts de bienfaisance : En 1838, il se rendit en toute hâte à Vienne pour donner une série de concerts afin de récolter des fonds importants pour les victimes des inondations catastrophiques en Hongrie.
Construction de monuments : Il a financé à lui seul une grande partie du monument à Beethoven à Bonn lorsque la ville s’est retrouvée à court d’argent.
Travail social : Dans sa jeunesse, il visitait des hôpitaux, des prisons et même des asiles psychiatriques pour jouer de la musique pour les personnes souffrantes, croyant au « pouvoir guérisseur » de la musique.
5. Écrivain et critique musical
Liszt était un intellectuel prolifique qui a utilisé sa plume pour rehausser le statut de l’artiste.
Plaidoyer : Il a écrit des essais comme « Sur la condition des artistes », dans lesquels il défend l’idée que les musiciens devraient être des membres respectés de la société plutôt que des « serviteurs supérieurs ».
Livres : Il a écrit une biographie de son ami Frédéric Chopin et a beaucoup écrit sur l’histoire de la musique tzigane en Hongrie .
6. Administrateur institutionnel
Plus tard dans sa vie, il s’est concentré sur la construction de l’avenir musical de son pays natal.
L’Académie Liszt : Il fut le président fondateur de l’Académie royale hongroise de musique de Budapest. Il en développa le programme et contribua à en faire l’un des conservatoires les plus prestigieux au monde.
Activités en dehors de la musique
Si Franz Liszt est indissociable de sa musique, ses activités non musicales révèlent un homme profondément engagé dans la littérature, la réforme sociale et une quête spirituelle qui l’a animé toute sa vie. Sa devise, « Génie oblige », l’a conduit à jouer un rôle actif dans la vie intellectuelle et religieuse européenne.
1. La vocation religieuse (L’« abbé Liszt »
)
Dès son plus jeune âge, Liszt ressentit un fort appel vers la prêtrise. Bien que sa carrière l’ait éloigné de cette vocation pendant des décennies, il ne perdit jamais de vue cet objectif :
Le sacerdoce : En 1865, il s’installe à Rome et reçoit les ordres mineurs de l’Église catholique, devenant clerc tonsuré. Bien qu’il ne fût pas prêtre à part entière (il ne pouvait pas célébrer la messe), il vécut des années dans un appartement monastique et était connu sous le nom d’« Abbé Liszt ».
Études théologiques : Il était un lecteur vorace de textes religieux, en particulier l’Imitation de Jésus-Christ de Thomas a Kempis et les œuvres de saint François d’Assise.
2. Activisme littéraire et philosophique
Liszt était autant un homme de lettres qu’un pianiste. Il fréquentait les plus grands intellectuels de son temps, parmi lesquels Victor Hugo, George Sand et Heinrich Heine.
Réformateur social : Dans les années 1830, il devint un adepte du saint-simonisme, un mouvement qui prônait l’égalité sociale, l’émancipation des femmes et l’abolition des droits héréditaires.
Écrivain et essayiste : Il a écrit une série d’essais influents intitulée « Sur la condition des artistes », dans laquelle il soutient que les musiciens devraient être des intellectuels respectés plutôt que de simples « serviteurs » de la noblesse.
Biographe : Il a écrit la première biographie majeure de son contemporain et ami, Frédéric Chopin , peu après la mort de ce dernier .
3. Philanthropie radicale
Liszt a utilisé sa notoriété pour agir comme une agence humanitaire à lui seul.
Secours aux sinistrés : Lorsqu’une inondation dévastatrice frappa Budapest en 1838, Liszt se précipita pour donner des concerts de bienfaisance et fit le plus important don privé jamais reçu pour venir en aide aux victimes hongroises. Il réitéra son geste après le grand incendie de Hambourg en 1842.
Construction de monuments : Il était obsédé par l’idée d’honorer ses prédécesseurs. Il a personnellement collecté la majeure partie des fonds nécessaires à la construction du monument Beethoven à Bonn lorsque le projet était à court d’argent.
Éducation gratuite : Son action non musicale la plus marquante fut sans doute son refus de faire payer ses cours. Pendant des décennies, il enseigna gratuitement à des centaines d’élèves, considérant comme un devoir de transmettre la vérité artistique.
4. Leadership nationaliste et institutionnel
Liszt a joué un rôle central dans la « construction nationale » culturelle de la Hongrie.
L’Académie Liszt : Il fut le président fondateur de l’Académie royale hongroise de musique de Budapest. Il ne se contenta pas d’y apposer son nom ; il façonna le programme et la structure administrative, assurant ainsi au pays un lieu permanent dédié aux beaux-arts.
Défense des opprimés : Il était profondément fasciné par les communautés « gitanes » (roms) marginalisées de Hongrie, et a écrit un livre sur leur musique et leur culture, même si ses théories ont été controversées à l’époque.
5. Voyages romantiques et nature
Durant ses « années de pèlerinage » avec la comtesse Marie d’Agoult, Liszt a passé une part importante de sa vie comme voyageur et naturaliste.
Exil intellectuel : Il mena une vie nomade en Suisse et en Italie, passant ses journées à lire Dante et Pétrarque dans les montagnes ou au bord du lac de Côme. Cette période fut moins consacrée au travail qu’à l’assimilation de l’art, de la sculpture et des paysages européens, en tant que philosophe.
Famille musicale
de Franz Liszt est un fascinant entrelacs de talents familiaux et de puissantes alliances matrimoniales qui ont façonné le cours de la musique classique occidentale. Son arbre généalogique comprend non seulement ses ancêtres, mais aussi ses enfants, qui devinrent des figures centrales du monde musical du XIXe siècle.
1. La Fondation Paternelle
L’étincelle musicale est née chez son père et son grand-père, tous deux musiciens actifs au sein du prestigieux cercle de la cour des Esterházy.
Adam Liszt (père) : Musicien amateur talentueux, il jouait du violoncelle, du piano, du violon et de la guitare. Il a joué dans l’orchestre d’été Esterházy sous la direction de Joseph Haydn. Il fut le premier professeur de Franz , qui commença ses leçons de piano à l’âge de sept ans.
Georg Adam Liszt (Grand-père) : Un contremaître des domaines Esterházy qui était aussi musicien, capable de jouer du piano, du violon et de l’orgue.
2. Ses enfants et ses liens matrimoniaux
de Liszt , nés de sa relation avec la comtesse Marie d’Agoult, ont grandi dans un milieu intellectuel très stimulant. L’un d’eux, en particulier, est devenu une figure majeure de l’histoire de la musique.
Cosima Wagner (fille) : La plus célèbre de ses enfants, Cosima fut une figure centrale de la « Nouvelle École allemande ». Elle fut d’abord mariée au chef d’orchestre et pianiste Hans von Bülow (l’un des élèves les plus brillants de Liszt ) . Elle épousa ensuite Richard Wagner, dont elle devint la muse, et dirigea pendant de nombreuses années le Festival de Bayreuth après sa mort.
Blandine et Daniel Liszt : tous deux avaient reçu une formation musicale, mais leur vie fut tragiquement interrompue. Blandine épousa l’homme politique français Émile Ollivier, et Daniel était un élève prometteur avant sa mort prématurée à l’âge de 20 ans.
3. La famille musicale « élargie »
Liszt considérait souvent ses étudiants et collègues comme une famille de substitution, un concept désigné en musicologie sous le nom de « lignée de Liszt ».
Hans von Bülow (gendre) : L’un des plus grands chefs d’orchestre du XIXe siècle et un interprète de premier plan de Liszt et de Wagner.
Richard Wagner (gendre) : Bien qu’ils aient été contemporains et amis avant tout, le mariage de Wagner avec Cosima fit de lui le gendre de Liszt. Leur collaboration artistique fut l’une des plus importantes – et parfois tumultueuses – de l’histoire .
4. Descendants modernes
La tradition musicale s’est perpétuée jusqu’à l’ère moderne.
Michael Andreas Haeringer : Pianiste et compositeur contemporain, descendant direct (arrière-arrière-arrière-petit-fils) de Franz Liszt, il a acquis une renommée internationale en tant qu’enfant prodige, interprétant les œuvres de Liszt et perpétuant l’héritage familial sur scène.
Relations avec les compositeurs
Franz Liszt était la figure centrale et omniprésente du monde musical du XIXe siècle. Grâce à sa longue vie, ses nombreux voyages et son incroyable générosité, il a entretenu des relations personnelles et professionnelles directes avec presque tous les grands compositeurs de son époque.
Il a joué le rôle de mentor, de promoteur, de rival, et même de membre de la famille pour ses contemporains.
1. Les mentors : Beethoven et Czerny
de Liszt avec la « vieille garde » de la période classique était direct et profond.
Carl Czerny : Liszt était l’élève préféré de Czerny à Vienne. Czerny, qui avait été l’élève de Beethoven, enseigna gratuitement à Liszt car il avait reconnu le génie du jeune garçon.
Ludwig van Beethoven : En 1823, le jeune Liszt joua pour Beethoven. Si les détails exacts font débat, Liszt affirma toute sa vie que Beethoven l’avait embrassé sur le front – une « consécration » qui, selon lui, lui conférait l’autorité nécessaire pour perpétuer la tradition musicale allemande.
2. La Grande Rivalité : Frédéric Chopin
Liszt et Chopin étaient les deux rois du monde du piano parisien dans les années 1830.
Relation : Ils étaient amis proches mais artistiquement opposés. Liszt était l’« extraverti » de la scène ; Chopin était l’« introverti » du salon.
Influence : Liszt admirait la sensibilité poétique de Chopin et écrivit sa toute première biographie. Chopin, cependant, était souvent jaloux de la capacité de Liszt à jouer sa propre musique avec plus de puissance que lui-même.
3. Le « mariage » artistique : Richard Wagner
Il s’agit de la relation la plus significative de la musique du XIXe siècle.
Le Champion : Lorsque Wagner était un exilé politique et inconnu, Liszt créa son opéra Lohengrin et lui envoya constamment de l’argent.
Liens familiaux : La relation se compliqua lorsque Wagner tomba amoureux de Cosima, la fille de Liszt . Furieux, Liszt ne parla pas à Wagner pendant des années, mais ils finirent par se réconcilier.
Influence : Le système des « leitmotivs » de Wagner a été fortement inspiré par la technique de « transformation thématique » de Liszt .
4. La « Guerre des romantiques » : Johannes Brahms
Liszt était le chef de file de la Nouvelle École allemande (musique progressive et narrative), tandis que Brahms était le champion des traditionalistes (musique abstraite et formelle).
L’incident : Lors d’une visite du jeune Brahms à Liszt à Weimar, il se serait endormi pendant que Liszt jouait sa Sonate en si mineur.
Le conflit : Il a donné lieu à une bataille esthétique qui allait durer toute leur vie. Bien qu’ils respectassent le talent de l’autre, ils représentaient deux philosophies de ce que devrait être la musique, totalement différentes.
5. Le Bienfaiteur : Berlioz, Grieg, et Saint- Saëns
Liszt a utilisé sa notoriété pour « découvrir » et promouvoir de jeunes compositeurs ou des compositeurs en difficulté.
Hector Berlioz : Liszt était un grand admirateur de la Symphonie fantastique de Berlioz . Il l’a transcrite pour piano afin d’aider le compositeur français à se faire connaître en Allemagne.
Edvard Grieg : Lorsque le jeune Norvégien Grieg rendit visite à Liszt, ce dernier joua le Concerto pour piano de Grieg à vue, d’après le manuscrit, en s’écriant : « Continuez, je vous le dis, vous avez le don ! » Cela donna à Grieg la confiance nécessaire pour devenir le compositeur national de la Norvège.
Camille Saint-Saëns : Liszt a aidé Saint-Saëns à faire créer son opéra Samson et Dalila lorsque les théâtres français ont refusé de le programmer.
Compositeurs similaires
1. Les Super-Virtuoses (Les « Lions du Pianisme »)
Ces compositeurs, à l’instar de Liszt, ont repoussé les limites physiques de ce que le piano et l’interprète pouvaient accomplir.
Charles-Valentin Alkan : Souvent surnommé le « Liszt de l’école française », Alkan a composé une musique sans doute encore plus difficile que celle de Liszt . Ses œuvres, comme le Concerto pour piano seul, partagent avec Liszt le goût des textures massives, des effets orchestraux au clavier et d’une atmosphère sombre et inquiétante.
Sigismond Thalberg : le plus grand rival de Liszt dans les années 1830. Il était célèbre pour « l’effet à trois mains » — jouer une mélodie au centre du clavier tout en l’entourant d’arpèges complexes, donnant l’impression que trois personnes jouaient en même temps.
Sergueï Rachmaninov : Bien qu’ayant vécu plus tard, Rachmaninov est le successeur spirituel du style pianistique « ample » de Liszt . Il exploitait toute la résonance de l’instrument , composait pour de grandes mains et mêlait une mélodie d’une grande intensité émotionnelle à une prouesse technique stupéfiante.
2. Les progressistes (la « Nouvelle école allemande »)
Ces compositeurs partageaient la conviction de Liszt que la musique devait raconter une histoire (musique à programme) et que les structures traditionnelles comme la symphonie devaient être modernisées.
Richard Wagner : Gendre et plus proche allié artistique de Liszt, Wagner a repris les expérimentations harmoniques et la « Transformation thématique » de ce dernier et les a appliquées à l’opéra. Si vous appréciez l’intensité dramatique et grandiose des œuvres orchestrales de Liszt , Wagner est une suite logique.
Richard Strauss : Strauss a perfectionné le poème symphonique (genre inventé par Liszt). Des œuvres comme Don Juan ou Ainsi parlait Zarathoustra constituent l’évolution directe du style orchestral de Liszt , utilisant des orchestres encore plus importants et des récits plus complexes.
Hector Berlioz : Ami proche de Liszt, Berlioz fut un pionnier de l’« Idée fixe » (un thème récurrent), très proche de la transformation thématique chez Liszt . Sa Symphonie fantastique partage la même énergie sauvage et surnaturelle que l’on retrouve dans la Symphonie Dante de Liszt .
3. Les nationalistes (les romantiques populaires)
Si vous appréciez les Rhapsodies hongroises de Liszt et son utilisation de mélodies d’inspiration folklorique, ces compositeurs vous toucheront.
Frédéric Chopin : Bien que son style soit plus intimiste et plus « de salon » que celui de Liszt , tous deux ont révolutionné le piano simultanément. Les Polonaises et les Mazurkas de Chopin expriment la même fierté nationale que l’on retrouve dans les œuvres hongroises de Liszt .
Bedřich Smetana : le père de la musique tchèque. Protégé de Liszt, il utilisa la forme du poème symphonique pour célébrer sa patrie, notamment dans le cycle Mávlast (Ma patrie).
4. Les Visionnaires (Les Proto-Modernistes)
Si vous êtes attiré par le Liszt de la « dernière période » — sa musique étrange, expérimentale et presque sans mélodie —, ces compositeurs sont ceux qui ont achevé ce qu’il avait commencé.
Alexandre Scriabine : Compositeur russe qui, après avoir débuté comme romantique à la Chopin, a évolué vers une dimension mystique. À l’instar de Liszt, il a expérimenté les harmonies atonales et une musique aux sonorités codées par couleur.
Claude Debussy : Bien que Français et souvent en rébellion contre l’influence allemande, l’utilisation de la « couleur » par Debussy et ses pièces pour piano atmosphériques (comme Reflets dans l’eau) doivent beaucoup aux Années de pélérinage de Liszt .
Relation(s)
1. Relations avec les solistes
de Liszt avec les autres solistes étaient caractérisées par un mélange de concurrence féroce dans sa jeunesse et de générosité sans précédent à l’âge adulte.
Niccolò Paganini (Le catalyseur) : Bien qu’il ne fût pas un ami proche, Paganini fut la plus grande influence professionnelle de Liszt . Après avoir entendu Paganini jouer du violon en 1832, Liszt devint obsédé par l’idée d’atteindre le même niveau de virtuosité au piano. Leur relation était fondée sur une émulation artistique.
Frédéric Chopin (Le Pair) : À Paris, ils étaient les deux pianistes les plus célèbres. Leur relation était une dynamique complexe d ’ « amis-ennemis » ; ils partageaient un respect mutuel, et Liszt interprétait fréquemment les œuvres de Chopin lorsque celui-ci était trop malade ou trop timide pour jouer dans les grandes salles.
Hans von Bülow (Le Protégé ) : Sans doute sa relation la plus célèbre. Bülow était l’élève de piano le plus brillant de Liszt et un chef d’orchestre de renommée internationale. Malgré les drames personnels (la fille de Liszt, Cosima, quitta Bülow pour Richard Wagner), Liszt et Bülow restèrent musicalement liés, Bülow demeurant le principal interprète des œuvres pour piano de Liszt.
Sophie Menter : Souvent qualifiée d’élève « préférée », elle était une virtuose que Liszt traitait comme une fille, l’aidant même à orchestrer ses compositions.
2. Relations avec les orchestres
Liszt est passé de soliste à chef d’orchestre, changeant fondamentalement le fonctionnement des orchestres.
L’Orchestre de la Cour de Weimar : En tant que Kapellmeister à Weimar (1848-1861), Liszt disposait d’un laboratoire permanent. Il utilisa cet orchestre pour créer les œuvres les plus novatrices de son temps, notamment Lohengrin de Wagner . Il insistait pour que l’orchestre joue avec « expression poétique » plutôt qu’avec une simple précision métronomique.
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L’Orchestre philharmonique de Vienne et l’Orchestre du Gewandhaus : Liszt entretenait une relation d’amour-haine avec ces ensembles traditionalistes. S’ils admiraient son talent, ils résistaient souvent à ses compositions de la « Nouvelle École allemande ». Pourtant, Liszt les dirigeait fréquemment, apportant à leurs pupitres un style de direction novateur et expressif.
L’Orchestre philharmonique de Budapest : En tant que héros national en Hongrie, Liszt était profondément impliqué dans la vie musicale de Budapest, dirigeant et soutenant les orchestres locaux pour contribuer à la construction d’une identité classique hongroise distincte.
3. Relations avec d’autres musiciens
de Liszt était un véritable bottin mondain de la musique du XIXe siècle.
Richard Wagner (le collaborateur/gendre) : Ce fut la relation la plus importante de sa vie. Liszt était son mécène, son conseiller artistique et, plus tard, son beau-père. Musicalement, ils échangeaient constamment des idées ; le langage harmonique de Wagner doit beaucoup aux expérimentations de Liszt .
Hector Berlioz (L’Allié) : Liszt et Berlioz étaient les chefs de file du courant « progressiste ». Liszt a transcrit pour piano les partitions orchestrales complexes de Berlioz afin de permettre au public de mieux comprendre le génie de ce dernier.
Camille Saint-Saëns : Liszt traitait le jeune compositeur français comme son égal, allant jusqu’à déclarer qu’il était le plus grand organiste du monde. Il aida Saint-Saëns à faire jouer ses opéras en Allemagne après leur refus à Paris.
Les « Cinq Russes » (Borodine, Rimski-Korsakov, etc.) : Liszt fut l’un des rares Européens de l’Ouest à défendre la nouvelle école musicale russe. Il rencontra Borodine et encouragea les Russes à préserver leur sonorité nationale unique, jouant ainsi un rôle de médiateur entre l’Est et l’Ouest.
Relations avec des personnes exerçant d’autres professions
Bien que la musique ait marqué la vie de Liszt , son cercle social se composait des plus grands penseurs, écrivains et aristocrates du XIXe siècle. Véritable « célébrité intellectuelle », ses relations avec les non-musiciens étaient souvent nourries par sa passion pour la littérature, la politique et la religion.
1. Partenaires romantiques et figures muses
Les deux relations les plus importantes et durables de Liszt furent avec des femmes très intellectuelles qui orientèrent sa carrière loin de l’interprétation et vers la composition sérieuse .
La comtesse Marie d’ Agoult (Daniel Stern) : écrivaine et mondaine française avec laquelle Liszt s’enfuit en Suisse et en Italie. Leur relation (1835-1844) fut un partenariat intellectuel ; elle l’initia aux sommets de la littérature et de la philosophie françaises. Ils eurent trois enfants, dont Cosima Wagner.
La princesse Carolyne zu Sayn-Wittgenstein était une noble polono-russe et une théologienne prolifique. Elle rencontra Liszt en 1847 et le convainquit de mettre fin à ses tournées de virtuose pour se consacrer à la composition d’œuvres symphoniques à Weimar. Elle demeura sa compagne intellectuelle et son « épouse spirituelle » jusqu’à la fin de sa vie, même après que leur projet de mariage fut bloqué par le pape.
2. Géants de la littérature et philosophes
Liszt considérait la musique comme une branche des « arts universels », ce qui l’a amené à nouer des liens profonds avec les plus grands écrivains de l’époque romantique.
Victor Hugo : Liszt était un ami proche du romancier français. La poésie d’ Hugo a directement inspiré plusieurs œuvres de Liszt , dont le poème symphonique Ce qu’on entend sur la montagne.
George Sand (Amantine Aurore Dupin) : Le célèbre romancier français était un ami proche de Liszt durant ses années parisiennes. Elle voyagea un jour en Suisse avec lui et Marie d’Agoult, et leur correspondance témoigne d’un profond respect mutuel pour leurs convictions politiques radicales partagées.
Heinrich Heine : Le poète allemand était un habitué des salons de Liszt . C’est lui qui a forgé le terme « Lisztomanie » pour décrire l’hystérie collective provoquée par Liszt à Berlin, même si les deux hommes entretenaient souvent une rivalité spirituelle et parfois mordante dans leurs écrits.
Félicité de Lamennais : prêtre et philosophe radical devenu le mentor spirituel de Liszt dans les années 1830. Les idées de Lamennais sur « l’art pour le peuple » ont profondément influencé la conviction de Liszt que la musique avait une mission sociale et morale.
3. Liens politiques et royaux
En tant que superstar, Liszt évoluait avec aisance dans les plus hautes sphères du pouvoir européen.
Napoléon III : Liszt était un ami personnel de l’empereur des Français. Lors de ses séjours à Paris, il était souvent reçu au palais des Tuileries.
Le grand-duc Carl Alexandre de Saxe-Weimar-Eisenach était le mécène de Liszt à Weimar. Leur relation dépassait le simple cadre employeur-employé ; ils étaient partenaires durant « l’âge d’argent de Weimar », œuvrant à faire de la ville un haut lieu culturel moderne.
Le pape Pie IX : Après son installation à Rome et son entrée dans les ordres mineurs, Liszt devint un favori du pape. Pie IX lui rendit visite au monastère de la Madonna del Rosario pour l’écouter jouer, le surnommant « mon Palestrina ».
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4. Le cercle artistique
Liszt était un mécène et un ami de nombreux artistes visuels de son époque.
Ary Scheffer : Peintre romantique de renom, auteur de plusieurs portraits célèbres de Liszt. Leur amitié reposait sur un intérêt commun pour les sujets religieux et dramatiques.
Gustave Doré : Le célèbre illustrateur était un ami de Liszt durant ses dernières années à Rome. Ils partageaient une fascination pour la Divine Comédie de Dante , qui inspira certaines des œuvres orchestrales les plus importantes de Liszt.
Œuvres remarquables pour piano solo
de Liszt est la pierre angulaire du répertoire de cet instrument . Il n’a pas seulement écrit pour le piano ; il en a redéfini les possibilités, le transformant en un « orchestre à lui seul ».
Ses œuvres notables peuvent être divisées en trois phases distinctes : le Virtuose (spectaculaire et difficile), le Poète (narratif et émotionnel) et le Visionnaire (expérimental et sombre).
1. La haute virtuosité (Les « pièces maîtresses »)
Ces œuvres sont célèbres pour leur difficulté technique stupéfiante et ont été conçues pour mettre en valeur les capacités « surhumaines » de Liszt.
Rhapsodies hongroises (19 pièces) : Ce sont ses œuvres « nationalistes » les plus célèbres.
Le n° 2 en do dièse mineur est une icône mondiale, connue pour son introduction lente et mélancolique (Lassan) suivie d’une danse sauvage et frénétique (Friska).
Études transcendantales (12 pièces) : Souvent considérées comme l’« Everest » de la technique pianistique.
Le n° 4 « Mazeppa » représente un homme attaché à un cheval au galop, tandis que le n° 5 « Feux follets » est un chef-d’œuvre de jeu de doigts léger et rapide.
La Campanella (La Petite Cloche) : Tirée de ses Études Paganini , cette pièce imite le son aigu d’une cloche en utilisant des sauts massifs et des répétitions rapides de la main droite.
2. Les œuvres narratives et poétiques
Dans ces morceaux, l’accent n’est plus mis sur le « nombre de notes », mais sur « ce que disent les notes ».
Sonate en si mineur : considérée comme son chef-d’œuvre absolu, cette œuvre se compose d’un seul mouvement continu de 30 minutes qui a révolutionné la forme sonate. D’une grande complexité structurelle, elle recourt à la « transformation thématique » pour métamorphoser un thème sombre et introspectif en un thème triomphant.
Années de pèlerinage : Une collection en trois volumes inspirée par ses voyages en Suisse et en Italie .
« Vallée d’ Obermann » est une profonde méditation philosophique sur la nature, tandis que la « Sonate de Dante » est une terrifiante représentation musicale de l’enfer.
Liebesträume (Rêves d’amour) : notamment le n° 3 en la bémol majeur. C’est l’une des mélodies les plus célèbres de la musique classique — un nocturne luxuriant et romantique, composé à l’origine comme une chanson.
Consolations : Plus précisément, la pièce n° 3. Ce sont des morceaux doux et intimes, inspirés par la poésie, qui témoignent de la capacité de Liszt à être calme et tendre plutôt que simplement fort et rapide.
3. Visionnaire et expérimental (Les dernières œuvres)
Durant ses dernières années, Liszt abandonna le style « flamboyant » pour quelque chose de dépouillé, d’obsédant et d’en avance de plusieurs décennies sur son temps.
Nuages gris : Une pièce courte et étrange, caractérisée par des harmonies non résolues. Elle évoque davantage la musique du XXe siècle (modernisme) que le romantisme du XIXe siècle.
Bagatelle sans tonalité : Comme son nom l’indique, il s’agit de l’une des premières œuvres musicales à expérimenter l’absence de tonalité fixe.
Valse de Méphisto n° 1 : Une pièce sauvage et diabolique dépeignant une scène de la légende de Faust où Méphistophélès prend un violon et joue une danse séductrice et maniaque dans une auberge de village.
Musique de chambre remarquable
1. Œuvres pour violon et piano
Liszt nourrissait une profonde affinité pour le violon, née de sa rencontre précoce avec Paganini et de sa longue collaboration professionnelle avec le grand violoniste Joseph Joachim.
Grand Duo Concertant (sur « Le Marin » de Lafont ) : Une de ses premières œuvres de musique de chambre, d’une grande virtuosité. C’est une pièce brillante qui met en valeur le violon et le piano comme partenaires égaux dans une série de variations dramatiques.
Épithalame (Musique de mariage) : Composée pour le mariage de son ami, le violoniste Eduard Rémenyi , cette pièce courte, lyrique et festive met en valeur le talent de Liszt pour écrire des lignes chantantes, de style « bel canto », pour le violon.
Duo (Sonate) pour violon et piano : Œuvre majeure inspirée de la Mazurka en do dièse mineur de Chopin . Rare exemple d’utilisation par Liszt d’une structure traditionnelle de type sonate pour deux instruments.
2. Œuvres pour violoncelle et piano
de Liszt pour violoncelle est souvent sombre et profondément émouvante, surtout dans ses dernières années.
Élégie n° 1 et n° 2 : Ce sont sans doute ses œuvres de chambre les plus célèbres. Pièces empreintes de mélancolie et d’une profonde tristesse, elles reflètent l’obsession de Liszt pour la mort et l’au-delà. L’Élégie n° 1 est dédiée à la mémoire de la peintre Marie Moukhanoff.
La Lugubre Gondola (La Gondole funèbre) : Initialement écrite pour piano, Liszt en créa une version pour violoncelle et piano. Inspirée par les cortèges funéraires qu’il observa à Venise, cette œuvre sombre, entraînante et à l’harmonie singulière préfigure le modernisme.
Romance Oubliée : Une réinterprétation mélancolique et magnifique d’une chanson antérieure. Elle capture le style de la fin de l’œuvre de Liszt — épuré, empreint de nostalgie et profondément émouvant.
3. Les trios pour piano
de Liszt au trio pour piano (piano, violon et violoncelle) sont souvent négligées, mais elles contiennent certains de ses développements thématiques les plus fascinants.
Tristia : Transcription pour trio avec piano de son œuvre pour piano Vallée d’ Obermann. C’est un voyage épique et philosophique qui transpose la puissance « orchestrale » de l’original pour piano en un riche dialogue à trois.
Orphée : Une version de son poème symphonique réarrangée pour trio avec piano. Elle illustre comment Liszt pouvait adapter sa musique orchestrale narrative à un cadre plus restreint et plus intime.
4. Musique de chambre expérimentale tardive
Durant sa dernière décennie, la musique de chambre de Liszt est devenue un laboratoire pour le radicalisme harmonique.
Via Crucis (Le Chemin de Croix) : Bien qu’il s’agisse principalement d’une œuvre pour chœur et orgue, il en existe des versions pour divers ensembles de chambre. C’est l’une de ses œuvres les plus « modernes », utilisant des silences marqués et des accords dissonants qui s’affranchissent presque de la notion de tonalité principale.
Œuvres orchestrales notables
de Franz Liszt fut le principal champ de bataille de la « guerre des romantiques ». Tandis que des traditionalistes comme Brahms composaient des symphonies en quatre mouvements sans « histoire » spécifique, Liszt s’employait à bouleverser les règles pour créer la musique à programme, une musique directement inspirée par des poèmes, des peintures ou des personnages.
Voici les piliers notables de son œuvre orchestrale :
1. L’invention du poème symphonique
Liszt a inventé ce genre : une œuvre en un seul mouvement pour orchestre illustrant une idée non musicale. Il en a composé treize, mais voici les plus célèbres :
Les Préludes : Son poème symphonique le plus célèbre. C’est une méditation sur la vie, envisagée comme une succession de « préludes » à l’inconnu chant de la mort. On y trouve des cuivres flamboyants et des cordes luxuriantes et amples.
Mazeppa : Inspirée d’un poème de Victor Hugo, cette œuvre raconte l’histoire d’un homme enchaîné à un cheval sauvage. La musique est célèbre pour ses rythmes galopants et son dénouement triomphal qui symbolise l’accession au pouvoir du héros.
Hunnenschlacht (Bataille des Huns) : Inspirée d’une immense fresque du même nom, cette œuvre représente un combat entre esprits célestes. Elle se distingue par l’utilisation d’un orgue au sein de l’orchestre, symbolisant le camp « chrétien » du conflit.
Prométhée : Une œuvre puissante et dissonante dépeignant les souffrances et le triomphe final du Titan grec qui vola le feu aux dieux.
2. Les grandes symphonies à programme
Liszt n’a pas composé de « Symphonie n° 1 » ni de « Symphonie n° 2 » au sens classique du terme. Il a plutôt écrit deux œuvres monumentales qui ont redéfini le genre par la littérature.
Une symphonie sur Faust : Inspirée du Faust de Goethe , cette œuvre magistrale en trois mouvements offre des portraits psychologiques de Faust (la lutte intérieure), de Gretchen (l’innocence) et de Méphistophélès (la malice). Le dernier mouvement est célèbre pour sa « distorsion » des thèmes du premier, illustrant comment le diable se moque du héros.
Symphonie Dante : Inspirée de la Divine Comédie de Dante , elle se compose de deux mouvements : l’Enfer et le Purgatoire. Le mouvement « Enfer » est l’une des pièces les plus terrifiantes de la musique du XIXe siècle, avec son thème chromatique de la descente aux enfers. Il s’achève sur un Magnificat céleste pour chœur de femmes.
3. Piano et orchestre (Les concertos)
de Liszt sont inhabituels car ils sont « cycliques », c’est-à-dire que les thèmes du début reviennent à la fin, et que les mouvements s’enchaînent souvent sans interruption.
Concerto pour piano n° 1 en mi bémol majeur : célèbre pour l’utilisation inhabituelle du triangle comme instrument soliste dans le troisième mouvement (ce qui a valu à l’œuvre le surnom ironique de « Concerto du triangle »). C’est une pièce concise et d’une grande virtuosité.
Concerto pour piano n° 2 en la majeur : Une œuvre beaucoup plus poétique et continue. Elle s’apparente davantage à un poème symphonique pour piano et orchestre, oscillant entre un lyrisme onirique et une grandeur martiale.
Totentanz (Danse des morts) : un ensemble de variations envoûtantes et démoniaques pour piano et orchestre, inspirées du plain-chant Dies Irae (Jour de la colère). C’est l’une des œuvres les plus exigeantes techniquement pour un pianiste.
4. Transcriptions orchestrales
Liszt était un maître dans l’art d’orchestrer ses propres œuvres et celles des autres.
Rhapsodies hongroises (versions orchestrales) : Il a orchestré six de ses rhapsodies pour piano. La n° 2 (la plus célèbre) est aujourd’hui un incontournable des concerts de musique populaire orchestrale.
Autres œuvres notables
1. Œuvres chorales sacrées (L’héritage “Abbé Liszt “)
Après son installation à Rome et son entrée dans les ordres, Liszt se consacra à la réforme de la musique sacrée. Il s’éloigna d’une musique d’église « théâtrale » pour se tourner vers une musique plus spirituelle et plus ancienne.
Christus : Un oratorio monumental de près de cinq heures retraçant la vie du Christ. Considéré comme l’un des plus grands chefs-d’œuvre choraux du XIXe siècle, il mêle le chant grégorien à une orchestration romantique moderne.
La Légende de Sainte Élisabeth : Un oratorio inspiré de la vie d’une sainte hongroise. C’est une œuvre profondément nationaliste qui utilise des mélodies d’église d’inspiration folklorique hongroise.
Missa Choralis : Une messe d’une beauté envoûtante et d’une grande sobriété pour chœur mixte et orgue. Elle rejette le style ostentatoire de l’époque au profit d’une atmosphère pure et méditative.
Via Crucis (Le Chemin de Croix) : L’une de ses œuvres tardives les plus radicales. Elle suit les quatorze stations du chemin de croix. Elle est célèbre pour son extrême simplicité et son utilisation d’harmonies dissonantes, presque atonales, qui préfigurent le XXe siècle.
Messe du couronnement hongroise : Composée pour le couronnement de l’empereur François-Joseph Ier comme roi de Hongrie, cette messe est un mélange grandiose et patriotique de tradition liturgique et de rythmes nationaux hongrois.
2. Musique chorale profane
Liszt a également écrit pour des « chœurs d’hommes », très populaires dans les clubs sociaux du XIXe siècle.
Aux artistes : Œuvre pour voix d’hommes et orchestre, inspirée d’un poème de Schiller. Elle reflète la philosophie de Liszt selon laquelle les artistes ont une mission divine : guider la société vers la beauté et la vérité.
3. Lieder et chansons (voix et piano)
Liszt a composé plus de 80 mélodies en plusieurs langues (allemand, français, italien et hongrois). Il était un maître du lied.
Liebesträume (Chants originaux) : Bien que nous les connaissions aujourd’hui comme des pièces pour piano, les trois Liebesträume étaient à l’origine des chansons pour voix aiguë et piano.
Les Trois Sonnets de Pétrarque : considérés comme parmi les plus beaux et les plus difficiles mélodies jamais écrites, ce sont des pièces de bravoure pour ténor d’une intensité passionnée, que Liszt a ensuite transcrites pour piano solo.
La Lorelei : une mise en scène dramatique du poème d’Heinrich Heine sur une sirène du Rhin. C’est un chef-d’œuvre de narration par la voix.
4. Principales œuvres pour orgue
Liszt était un grand admirateur de l’orgue (la « Reine des instruments ») et a composé plusieurs des œuvres les plus difficiles et les plus importantes du répertoire pour orgue.
Fantaisie et fugue sur le choral « Ad nos, ad salutarem undam » : une œuvre épique de 30 minutes basée sur un thème d’un opéra de Meyerbeer. C’est un véritable Everest technique pour les organistes, qui exploite l’instrument à son plein potentiel.
Prélude et Fugue sur BACH : Hommage à Johann Sebastian Bach. L’œuvre entière est construite sur les notes si bémol, la, do et si naturel (qui forment le mot « BACH » en notation allemande). C’est une œuvre sombre, chromatique et d’une grande influence.
Variations sur « Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen » : Basée sur un thème de Bach, cette œuvre a été composée peu après la mort de la fille de Liszt , Blandine. Elle constitue une expression musicale profonde du deuil et de la foi retrouvée.
Épisodes et anecdotes
La vie de Franz Liszt fut si grandiose et tumultueuse qu’elle ressemble souvent davantage à un scénario de film qu’à un fait historique. Au-delà de l’image de « star du rock », de nombreuses anecdotes mettent en lumière sa personnalité, son esprit et ses excentricités.
1. Le Duel des grands pianistes (1837)
En 1837, Paris se divisa en deux camps : les partisans de Liszt et ceux de l’élégant Sigismond Thalberg. Pour déterminer qui était le « plus grand du monde », un duel de charité fut organisé au salon de la princesse Belgiojoso.
Résultat : Tous deux ont interprété leurs œuvres les plus difficiles. La princesse a tranché le débat avec une brillante diplomatie : « Thalberg est le premier pianiste au monde, mais Liszt est le seul. »
2. « Lisztomania » et les mégots de cigares
Bien avant la Beatlemania, il y avait la Lisztomania. Lors de sa tournée berlinoise de 1841-1842, l’hystérie était bien réelle.
Anecdote : Il était de notoriété publique que des fans se battaient pour ses mégots de cigares (que certaines femmes auraient glissés dans leur poitrine) et les restes de son café.
Les Gants : Liszt portait souvent des gants de velours verts sur scène, les retirait lentement pour créer une tension, puis les laissait tomber au sol pour que les fans du premier rang se les disputent.
3. L’illusion des « trois mains »
Liszt était fasciné par une technique popularisée par Thalberg, mais il l’a perfectionnée lui-même.
L’astuce : en jouant une mélodie au milieu du clavier avec ses pouces et en l’entourant d’arpèges rapides avec ses autres doigts, il donnait l’impression que trois mains jouaient.
Anecdote : Lors de sa première représentation, certains spectateurs se sont levés pour vérifier si une autre personne se cachait sous le piano !
4. L’invention du profil
Avant Liszt, les pianistes jouaient soit dos au public, soit face à lui (souvent cachés par le couvercle du piano).
Le changement : Liszt fut le premier à tourner le piano sur le côté (vue de profil).
La raison : il voulait que le public voie ses expressions faciales et le « combat » entre ses mains et les touches. Ce fut la norme pour tous les pianistes classiques à partir de ce jour.
5. Le chariot des 1 000 milles
Durant ses « années de gloire », Liszt a parcouru l’Europe dans un immense carrosse spécialement conçu à cet effet.
Le dispositif : Il s’agissait essentiellement d’un bus touristique du XIXe siècle. Il comprenait une bibliothèque, une cave à vin et, surtout, un faux clavier (un piano silencieux) lui permettant de travailler sa technique lors de ses déplacements entre les villes.
6. Le professeur généreux
L’anecdote la plus touchante concernant Liszt est peut-être sa générosité envers la génération suivante.
La règle : Après avoir pris sa retraite de la scène, il a enseigné à des centaines d’élèves lors de « masterclasses » à Weimar et à Budapest.
Anecdote : Il n’a jamais demandé un centime pour ces leçons. Si un élève était pauvre, il payait souvent son hébergement et sa nourriture de sa propre poche. Il considérait le savoir artistique comme un don à partager, et non comme une marchandise à vendre.
7. L’incident de l’« épée » en Hongrie
À son retour en Hongrie en 1839, Liszt fut accueilli comme un héros conquérant.
L’épisode : Les nobles hongrois lui offrirent une « épée d’honneur » incrustée de pierres précieuses. Liszt en fut si ému qu’il porta cette épée lors de plusieurs événements officiels, bien qu’il fût musicien et non soldat. Cela renforça son image de « chevalier des arts ».
(La rédaction de cet article a été assistée et effectuée par Gemini, un grand modèle linguistique (LLM) de Google. Et ce n’est qu’un document de référence pour découvrir des musiques que vous ne connaissez pas encore. Le contenu de cet article n’est pas garanti comme étant totalement exact. Veuillez vérifier les informations auprès de sources fiables.)