Mémoires sur Stendhal (1783-1842) et ses œuvres

Aperçu

La vie et l’œuvre de Stendhal, de son vrai nom Marie-Henri Beyle, sont indissociables de ses voyages en Italie et de sa quête de l’authenticité et du bonheur. Considéré comme l’un des pères du roman moderne, il a su dépeindre avec une grande finesse psychologique les passions et les ambitions de ses personnages.

La vie de Stendhal

Né à Grenoble en 1783, Stendhal a grandi dans une famille bourgeoise. Sa jeunesse est marquée par la Révolution française et un sentiment de rébellion contre l’ordre établi. Il entre dans l’armée de Napoléon Bonaparte, ce qui lui permet de voyager en Italie, un pays pour lequel il voue une passion immédiate. Cette fascination pour l’Italie ne le quittera jamais et influencera profondément son œuvre. C’est lors d’un de ses séjours à Florence qu’il a vécu l’expérience qui donnera son nom au syndrome de Stendhal, une réaction physique et émotionnelle intense face à la beauté de l’art. [Image de Stendhal]

Après la chute de Napoléon, il quitte l’armée et se consacre à l’écriture. Il mène une vie de diplomate et de voyageur, ce qui lui permet d’observer la société de son temps et de s’en inspirer pour ses romans.

Les œuvres majeures

Stendhal a écrit plusieurs romans, essais et biographies, mais ses œuvres les plus célèbres sont :

Le Rouge et le Noir (1830) : C’est son roman le plus connu. Il raconte l’histoire de Julien Sorel, un jeune homme ambitieux d’origine modeste qui cherche à s’élever socialement. L’œuvre critique la société française de la Restauration, partagée entre l’hypocrisie de l’Église et la vanité des aristocrates.

La Chartreuse de Parme (1839) : Ce roman d’apprentissage suit les aventures de Fabrice del Dongo, un jeune aristocrate italien naïf. L’intrigue se déroule dans l’Italie post-napoléonienne et explore les thèmes de l’amour, de l’intrigue politique et de la quête de la liberté.

Stendhal est aussi l’auteur de De l’Amour (1822), un essai qui analyse les différentes étapes du sentiment amoureux, et de Vie de Henry Brulard, une autobiographie inachevée.

L’héritage littéraire

Le style de Stendhal se distingue par une écriture précise et une analyse psychologique très fine de ses personnages. Il est considéré comme un précurseur du réalisme et de la modernité en littérature. Bien que peu reconnu de son vivant, son œuvre a été redécouverte par de nombreux auteurs et critiques, notamment Honoré de Balzac et André Gide, qui ont salué son génie. Stendhal est aujourd’hui une figure majeure de la littérature française, et ses romans continuent d’être étudiés et admirés pour leur profondeur et leur modernité.

Histoire

Henri Beyle, mieux connu sous son nom de plume Stendhal, était un romancier français du XIXe siècle, reconnu pour ses œuvres qui explorent les psychologies complexes des personnages. Sa vie est marquée par un grand nombre de voyages, en particulier en Italie, qui ont profondément influencé son œuvre et sa vision du monde.

Jeunesse et service militaire

Né à Grenoble en 1783, Stendhal grandit dans l’agitation de la Révolution française. Son enfance est difficile, marquée par la mort de sa mère et une relation conflictuelle avec son père. En 1800, il rejoint l’armée de Napoléon Bonaparte, participant à la campagne d’Italie. C’est à cette époque qu’il découvre l’art et la culture italiens qui le fascinent. Il quitte l’armée après la défaite de Napoléon et s’installe à Paris pour se consacrer à l’écriture.

Carrière littéraire et voyages

Stendhal commence sa carrière littéraire par la rédaction d’essais et de biographies d’artistes. Il voyage beaucoup en Italie, notamment à Florence, à Rome et à Milan. Ses séjours en Italie sont une source d’inspiration pour ses œuvres et sont même à l’origine du syndrome de Stendhal, une réaction psychosomatique qu’il ressent face à la beauté des œuvres d’art. En 1830, Stendhal publie son chef-d’œuvre, Le Rouge et le Noir, qui raconte l’histoire de Julien Sorel, un jeune homme ambitieux qui tente de s’élever socialement. [Image du livre Le Rouge et le Noir]

Les dernières années

Après la chute de Charles X, Stendhal est nommé consul de France à Civitavecchia, en Italie, un poste qu’il occupe jusqu’à sa mort. Durant cette période, il écrit son dernier roman inachevé, Lucien Leuwen, qui explore la corruption dans la politique française. Il publie également son deuxième chef-d’œuvre, La Chartreuse de Parme, en 1839. Stendhal meurt en 1842 à l’âge de 59 ans.

L’héritage

Stendhal est considéré comme l’un des pères du roman moderne. Son style littéraire, caractérisé par une psychologie fine et un regard critique sur la société, a influencé de nombreux écrivains, notamment Honoré de Balzac et Gustave Flaubert. Bien que son œuvre ait été relativement peu reconnue de son vivant, Stendhal est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands écrivains du XIXe siècle.

Chronologie

La chronologie de Stendhal, ou Marie-Henri Beyle, est marquée par une vie de voyages, de passions et une production littéraire qui a posé les bases du roman moderne. Voici les dates clés de son existence.

Jeunesse et service militaire (1783-1814)

1783 : Naissance de Marie-Henri Beyle à Grenoble.

1800 : Il s’engage dans l’armée napoléonienne et participe à la campagne d’Italie, découvrant ainsi un pays qu’il idolâtrera toute sa vie.

1802-1810 : Il quitte l’armée pour se consacrer à la littérature, mais il retourne au service de Napoléon, ce qui l’amène à voyager à travers l’Europe.

1812 : Il participe à la campagne de Russie.

Le temps des voyages et de l’écriture (1814-1830)

1814 : Après la chute de Napoléon, il s’installe à Milan et se consacre à l’écriture. C’est durant cette période qu’il écrit des essais sur l’art et la musique, comme Histoire de la peinture en Italie (1817) et Vie de Rossini (1824).

1817 : Il visite Florence, où il a l’expérience du syndrome de Stendhal.

1822 : Publication de l’essai De l’Amour.

1827 : Publication d’Armance, son premier roman.

1830 : Publication de son chef-d’œuvre, Le Rouge et le Noir.

Carrière diplomatique et derniers chefs-d’œuvre (1831-1842)

1831 : Nommé consul de France à Civitavecchia, en Italie, un poste qu’il occupera jusqu’à sa mort.

1832 : Il rédige Souvenirs d’égotisme, une œuvre autobiographique qui ne sera publiée qu’après sa mort.

1835-1836 : Il rédige Vie de Henry Brulard, son autobiographie, qui restera inachevée.

1839 : Publication de La Chartreuse de Parme.

1842 : Il meurt à Paris à l’âge de 59 ans. Ses œuvres inachevées, comme Lucien Leuwen et Lamiel, seront publiées à titre posthume.

Caractéristiques des romans

Les romans de Stendhal se distinguent par plusieurs caractéristiques majeures qui en font des œuvres singulières et modernes pour leur époque.

Analyse psychologique

Stendhal est avant tout un psychologue du cœur humain. Il s’intéresse moins aux grands événements historiques qu’aux sentiments profonds et aux motivations secrètes de ses personnages. Ses héros, souvent des individus passionnés et solitaires, sont disséqués dans leurs moindres pensées et contradictions. Cette exploration de la vie intérieure rend ses personnages particulièrement complexes et réalistes.

Réalisme et critique sociale

Bien qu’il se soit inspiré de faits divers pour certaines de ses intrigues, Stendhal se positionne comme un observateur de la société de son temps. Ses romans, comme Le Rouge et le Noir, sont de véritables chroniques sociales qui critiquent l’hypocrisie, l’ambition et la corruption de la société française post-révolutionnaire. Il dénonce l’écart entre les idéaux et la réalité, et montre comment les individus sont contraints de porter des masques pour survivre dans un monde hypocrite.

L’idéal du bonheur

Stendhal était un grand admirateur de l’Italie et de la culture de la Renaissance, qu’il voyait comme une période d’énergie, de passion et de liberté. Il oppose cet idéal de felicità (bonheur) à la morosité et au conformisme de son époque. Ses personnages sont constamment en quête de bonheur, et c’est cette quête qui les pousse à prendre des risques et à se révolter contre les conventions sociales. C’est un thème récurrent dans ses œuvres et cela donne aux romans un aspect à la fois tragique et romantique.

Un style d’écriture concis et précis

Contrairement à d’autres auteurs de son époque, Stendhal rejette les longues descriptions et les phrases compliquées. Son style est concis, clair et direct, ce qu’il a lui-même appelé la “petite touche”. Il cherchait à écrire de la manière la plus simple et la plus efficace possible, inspiré par le Code civil qu’il lisait pour affûter son style. Il disait : “J’ai lu le Code civil pour écrire. C’est la meilleure chose que j’aie faite.” Cette simplicité apparente cache une grande profondeur psychologique et permet au lecteur de se concentrer sur l’essentiel : les émotions et les pensées des personnages.

Style(s), genre(s), thème(s) et méthode(s)

Les romans de Stendhal se distinguent par un mélange unique de styles et de thèmes, le positionnant à la charnière de plusieurs mouvements littéraires.

Mouvements et Époque

Stendhal est généralement associé au réalisme et au romantisme. Il est souvent considéré comme un précurseur du réalisme, car il se concentre sur une observation précise de la société et une analyse psychologique fine de ses personnages. Cependant, il s’inscrit aussi dans le romantisme par son exploration des passions, des sentiments et du culte de l’énergie et de l’individualisme, souvent incarnés par ses héros. Son œuvre appartient à l’époque du XIXe siècle, plus précisément la période de la Restauration et de la Monarchie de Juillet en France.

Genres et Formes

Ses romans majeurs, comme Le Rouge et le Noir et La Chartreuse de Parme, sont des romans de mœurs et des romans d’apprentissage (ou Bildungsroman). Il y dépeint les usages et les valeurs d’une époque tout en suivant le développement psychologique et social de ses héros, de leur jeunesse à l’âge adulte.

Thèmes et Sujets

Les thèmes majeurs de Stendhal sont :

L’ambition et l’ascension sociale : Un sujet central, notamment dans Le Rouge et le Noir, où il explore le désir de ses personnages de s’élever au-dessus de leur condition par le talent et l’hypocrisie.

Le bonheur et la passion : La quête du bonheur est une motivation essentielle pour ses personnages. Stendhal oppose la passion vraie (l’amour, l’énergie) à la vanité et à l’hypocrisie de la société.

La critique sociale et politique : Stendhal dépeint la corruption et le conformisme de son temps, et les conflits entre l’individu et la société.

L’Italie : L’Italie est pour lui le pays des passions et de l’authenticité, un idéal en contraste avec la France de la Restauration.

Méthodes et Techniques

Stendhal a développé une méthode d’écriture très particulière :

Analyse psychologique : Sa principale technique est la dissection des pensées et des motivations de ses personnages. Il explore le flux de la conscience et les émotions dans une perspective quasi-scientifique.

Style concis : Stendhal a un style d’écriture direct, rapide et efficace, évitant les descriptions inutiles et les fioritures stylistiques. Il a d’ailleurs affirmé lire des articles du Code civil pour s’inspirer d’une écriture rigoureuse.

L’usage des faits divers : Pour ancrer ses romans dans la réalité, il s’inspire souvent de faits divers et de procès de son époque pour construire ses intrigues.

Impacts & Influences

Les impacts et influences de Stendhal ont été profonds, bien qu’ils n’aient été pleinement reconnus que longtemps après sa mort. Son œuvre a posé les fondations du roman moderne et a directement influencé plusieurs générations d’écrivains.

Influence sur le Réalisme et la Psychologie

Stendhal est considéré comme un précurseur du réalisme et de la littérature psychologique. Son style, qui se concentre sur l’analyse précise des pensées et des motivations de ses personnages, a rompu avec le romantisme idéaliste de son époque. Des auteurs comme Honoré de Balzac et Gustave Flaubert ont admiré son approche et ont poursuivi sa quête d’une description fidèle de la société et de la psychologie humaine. La finesse de ses portraits intérieurs a directement inspiré la psychologie littéraire du XIXe et du XXe siècle.

Reconnaissance posthume

De son vivant, Stendhal n’a pas connu un grand succès commercial. Cependant, son talent a été reconnu par des critiques et d’autres écrivains. Honoré de Balzac a été l’un des premiers à célébrer La Chartreuse de Parme comme un chef-d’œuvre. La véritable reconnaissance est venue plus tard, avec la publication de ses œuvres complètes et de ses journaux. Au XXe siècle, des auteurs tels qu’André Gide et des penseurs comme Friedrich Nietzsche ont salué son génie. Gide a même écrit qu’il préférait Stendhal à Balzac, le considérant comme un écrivain plus pur.

Héritage Thématique

Stendhal a laissé un héritage thématique qui résonne encore. L’opposition entre le bonheur individuel et l’hypocrisie sociale, le conflit entre l’ambition et la morale, et la quête de la sincérité sont des thèmes qui continuent d’être explorés en littérature. Le syndrome de Stendhal, qu’il a lui-même vécu, est devenu un concept en psychologie et un symbole de l’impact bouleversant que l’art peut avoir sur l’être humain.

Relations avec romanciers

Stendhal, de son vrai nom Marie-Henri Beyle, a eu des relations complexes et variées avec d’autres romanciers de son temps. Sa vie et ses œuvres sont à la croisée des chemins du romantisme et du réalisme, et ses échanges avec ses contemporains sont le reflet de cette position unique.

Honoré de Balzac

La relation entre Stendhal et Balzac est l’une des plus célèbres de l’histoire littéraire française. Bien qu’ils se soient peu fréquentés, il existait une admiration mutuelle, teintée de rivalité.

Admiration de Balzac : En 1840, après avoir lu La Chartreuse de Parme, Balzac publie un article élogieux, “Étude sur M. Beyle”, dans lequel il salue le génie du roman et le proclame comme un chef-d’œuvre. Cet article a largement contribué à la notoriété de Stendhal.

Différences stylistiques et thématiques : Malgré cette reconnaissance, Balzac et Stendhal étaient très différents. Alors que Balzac visait à créer une fresque sociale exhaustive avec sa Comédie humaine, Stendhal se concentrait sur l’analyse psychologique intime de ses personnages, dans un style plus concis et moins descriptif. Leurs approches du roman sont souvent opposées.

Prosper Mérimée

Prosper Mérimée fut l’un des amis les plus proches de Stendhal. Leur relation était basée sur une admiration intellectuelle et une complicité personnelle.

Amitié et complicité : Ils se sont rencontrés dans les salons littéraires parisiens vers 1822. Malgré leur différence d’âge, ils partageaient une même passion pour l’Italie, un goût pour les pseudonymes et un humour teinté de cynisme. Mérimée a d’ailleurs rédigé un portrait élogieux de son ami après sa mort, soulignant sa personnalité complexe et attachante.

Influence mutuelle : Mérimée a été influencé par la vision stendhalienne du monde et son sens de l’observation. Tous deux rejetaient l’emphase romantique et préféraient une écriture sobre, et leurs conversations ont nourri leurs œuvres respectives.

D’autres relations

Stendhal a fréquenté d’autres figures littéraires de son temps :

Lamartine et Victor Hugo : Stendhal a participé à l’émergence du mouvement romantique et a fréquenté les salons où ces auteurs étaient présents. Cependant, il a critiqué leur style, qu’il jugeait trop lyrique et trop idéaliste, lui préférant le “vrai” du réalisme.

Lord Byron : Stendhal a rencontré Lord Byron à Milan et l’a admiré. Il voyait en lui l’incarnation du héros romantique, de l’énergie et de la passion, des qualités qu’il a cherchées à dépeindre dans ses romans.

Relations

Stendhal, de son vrai nom Marie-Henri Beyle, a eu des relations significatives avec de nombreuses figures non romancières de son temps, qu’elles soient issues du monde des arts, des idées ou de la politique. Ces interactions ont profondément influencé sa vision du monde et son œuvre.

Le monde des idées et des sciences

Stendhal était un esprit curieux, qui s’intéressait à la psychologie naissante, aux sciences et à la philosophie. Il entretenait une correspondance avec le philosophe et économiste Destutt de Tracy. Il était aussi un lecteur assidu de philosophes comme Condillac et Helvétius, dont les théories sur les sensations et les idées ont forgé sa psychologie du personnage, centrée sur la recherche du bonheur et l’analyse des passions.

La musique

La musique a joué un rôle central dans la vie de Stendhal. Il a rencontré et admiré le compositeur Gioachino Rossini, à qui il a consacré une biographie élogieuse, Vie de Rossini (1824). Pour Stendhal, la musique, en particulier l’opéra italien, était l’expression la plus pure de la passion, une source d’émotion et d’énergie qu’il cherchait à retranscrire dans ses romans.

La politique et la société

Stendhal a vécu et observé de près les bouleversements politiques de son époque. Il a été un fervent bonapartiste et a servi dans l’armée de Napoléon Bonaparte, une figure qui l’a fasciné. L’énergie et l’ambition de Napoléon sont des qualités qu’il a souvent prêtées à ses propres héros. Cependant, il a aussi critiqué le despotisme de l’empereur.

Plus tard, en tant que diplomate, il a fréquenté des cercles politiques et sociaux, notamment à Paris et à Rome. Ses observations des mœurs, de la corruption et des intrigues de la haute société ont nourri ses romans, faisant de lui un chroniqueur de son temps.

Les arts plastiques

Stendhal avait une passion pour l’art de la Renaissance italienne. C’est en visitant les églises de Florence qu’il a vécu le syndrome de Stendhal, une réaction physique et émotionnelle intense. Il a été particulièrement marqué par les œuvres de Michel-Ange et de Giotto, qu’il admirait pour leur force et leur capacité à exprimer la passion humaine. Ces artistes ont nourri sa réflexion sur la beauté et sur la capacité de l’art à toucher l’âme.

Stendhal, de son vrai nom Marie-Henri Beyle, a eu des relations significatives avec de nombreuses figures non romancières de son temps, qu’elles soient issues du monde des arts, des idées ou de la politique. Ces interactions ont profondément influencé sa vision du monde et son œuvre.

Le monde des idées et des sciences

Stendhal était un esprit curieux, qui s’intéressait à la psychologie naissante, aux sciences et à la philosophie. Il entretenait une correspondance avec le philosophe et économiste Destutt de Tracy. Il était aussi un lecteur assidu de philosophes comme Condillac et Helvétius, dont les théories sur les sensations et les idées ont forgé sa psychologie du personnage, centrée sur la recherche du bonheur et l’analyse des passions.

La musique

La musique a joué un rôle central dans la vie de Stendhal. Il a rencontré et admiré le compositeur Gioachino Rossini, à qui il a consacré une biographie élogieuse, Vie de Rossini (1824). Pour Stendhal, la musique, en particulier l’opéra italien, était l’expression la plus pure de la passion, une source d’émotion et d’énergie qu’il cherchait à retranscrire dans ses romans.

La politique et la société

Stendhal a vécu et observé de près les bouleversements politiques de son époque. Il a été un fervent bonapartiste et a servi dans l’armée de Napoléon Bonaparte, une figure qui l’a fasciné. L’énergie et l’ambition de Napoléon sont des qualités qu’il a souvent prêtées à ses propres héros. Cependant, il a aussi critiqué le despotisme de l’empereur.

Plus tard, en tant que diplomate, il a fréquenté des cercles politiques et sociaux, notamment à Paris et à Rome. Ses observations des mœurs, de la corruption et des intrigues de la haute société ont nourri ses romans, faisant de lui un chroniqueur de son temps.

Les arts plastiques

Stendhal avait une passion pour l’art de la Renaissance italienne. C’est en visitant les églises de Florence qu’il a vécu le syndrome de Stendhal, une réaction physique et émotionnelle intense. Il a été particulièrement marqué par les œuvres de Michel-Ange et de Giotto, qu’il admirait pour leur force et leur capacité à exprimer la passion humaine. Ces artistes ont nourri sa réflexion sur la beauté et sur la capacité de l’art à toucher l’âme.

Romanciers similaires

Pour situer Stendhal, il faut le considérer comme un pont entre le romantisme et le réalisme. Ainsi, les romanciers qui lui sont similaires peuvent se classer en deux catégories : ceux qui partagent ses thèmes et ceux qui ont été influencés par son style et sa méthode.

Romanciers du Réalisme (contemporains ou successeurs)

Honoré de Balzac : Balzac est souvent cité en parallèle avec Stendhal. Bien qu’ils aient des styles très différents (Balzac est plus prolifique et descriptif), ils partagent un même projet : dépeindre la société de leur temps. Balzac a d’ailleurs reconnu le génie de Stendhal, admirant sa capacité à analyser les passions humaines.

Gustave Flaubert : Flaubert, comme Stendhal, est un maître de l’observation et de l’analyse psychologique. Leurs romans, notamment Madame Bovary pour Flaubert et Le Rouge et le Noir pour Stendhal, sont des critiques acerbes de la bourgeoisie. Les deux auteurs partagent un style précis et une quête de l’exactitude.

Guy de Maupassant : Disciple de Flaubert, Maupassant a un style sobre et concis, à l’image de Stendhal. Ses nouvelles et romans, comme Bel-Ami, explorent l’ambition et la corruption sociale, des thèmes stendhaliens par excellence.

Auteurs qui ont été influencés par Stendhal

Marcel Proust : Proust était un grand admirateur de Stendhal. Il a loué son style et sa capacité à capter les moments de vérité psychologique. L’analyse des sentiments et de la mémoire dans À la recherche du temps perdu doit beaucoup à la méthode stendhalienne.

Friedrich Nietzsche : Le philosophe allemand admirait Stendhal pour son esprit libre et sa psychologie fine. Nietzsche considérait Stendhal comme un modèle de “psychologue du XIXe siècle”, capable de voir au-delà des apparences et des conventions.

Raymond Guérin : Moins connu, cet auteur du XXe siècle a explicitement revendiqué l’héritage de Stendhal. Il a parlé de la “psychologie du scalpel” pour décrire la méthode d’analyse minutieuse qu’il partageait avec lui.

En somme, si Balzac et Flaubert sont des compagnons de route pour leur exploration du réalisme, l’influence de Stendhal s’est étendue bien au-delà de son époque, touchant des penseurs et des écrivains pour sa profondeur psychologique et son style novateur.

Romans

Stendhal a écrit plusieurs romans, dont certains sont des œuvres majeures de la littérature française, tandis que d’autres sont restés inachevés et ont été publiés à titre posthume.

Romans majeurs

Armance (1827) : Son premier roman, il explore le thème de l’amour dans la haute société parisienne. Il s’agit d’un roman psychologique qui dépeint un amour impossible.

Le Rouge et le Noir (1830) : C’est le roman le plus célèbre de Stendhal. Il retrace l’ascension sociale de Julien Sorel, un jeune homme ambitieux, dans la France de la Restauration. Le roman est une critique acerbe de l’hypocrisie de son temps.

La Chartreuse de Parme (1839) : Considééré comme un chef-d’œuvre, ce roman raconte les aventures de Fabrice del Dongo, un jeune aristocrate italien naïf, et explore des thèmes comme l’amour, la politique et la quête du bonheur.

Romans inachevés et posthumes

Lucien Leuwen (écrit entre 1834 et 1835, publié en 1894) : Ce roman est une satire de la politique et de la vie de garnison en France sous la Monarchie de Juillet.

Lamiel (écrit entre 1839 et 1842, publié en 1889) : Ce roman, resté à l’état de brouillon, suit l’histoire d’une jeune femme qui s’émancipe des conventions sociales.

Le Rouge et le Noir (1830)

Le Rouge et le Noir (1830) de Stendhal est un roman majeur de la littérature française du XIXe siècle, considéré comme l’un des premiers romans de la période réaliste. Il porte le sous-titre “Chronique du XIXe siècle”, et se base sur un fait divers réel, l’affaire Antoine Berthet.

Résumé de l’intrigue
Le roman est divisé en deux parties principales.

Partie I : La province

L’histoire suit Julien Sorel, un jeune homme de milieu modeste dans la petite ville de Verrières. Intelligent et ambitieux, il rêve de gloire militaire à la manière de Napoléon. Mais, à son époque, la seule voie d’ascension sociale pour un homme du peuple est la prêtrise. Il décide donc d’étudier la théologie.

Julien devient le précepteur des enfants de M. de Rênal, le maire de Verrières. Il est séduit par Mme de Rênal, l’épouse du maire, et leur liaison illicite commence. Cette relation est une partie cruciale de son apprentissage sentimental et social.

Partie II : Paris

Après un scandale, Julien est contraint de quitter Verrières. Il entre au séminaire de Besançon.

Thèmes principaux

L’ambition et la quête d’ascension sociale : Julien Sorel est le parfait exemple du héros stendhalien : un individu doué qui se heurte aux barrières de la société. Son ambition est à la fois son moteur et sa perte.

La critique sociale : Stendhal fait une critique acerbe de la société de la Restauration, en dénonçant l’hypocrisie de la bourgeoisie et la vanité de la noblesse.

Le conflit entre l’amour et la vanité : Les relations amoureuses de Julien sont toujours mêlées à son ambition. Il ne sait jamais si ses sentiments sont sincères ou s’ils sont le fruit de son désir de s’élever.

Le titre “Le Rouge et le Noir” : Le rouge symbolise le sang, l’armée, les passions (la Révolution), tandis que le noir symbolise l’habit ecclésiastique, la religion, mais aussi le deuil et la mort. Le titre évoque le choix de carrière qui s’offrait à Julien et le contraste de sa vie.

L’héritage

Le Rouge et le Noir est considéré comme un roman fondateur du réalisme pour son analyse psychologique en profondeur et sa critique sociale incisive. Il a influencé de nombreux écrivains et est toujours étudié pour sa modernité et la complexité de son personnage principal.

La Chartreuse de Parme (1839)

La Chartreuse de Parme est un roman de Stendhal publié en 1839. L’histoire se déroule en Italie à l’époque post-napoléonienne et raconte les aventures du jeune aristocrate Fabrice del Dongo, ainsi que les intrigues politiques de la cour de Parme.

Résumé de l’intrigue

Le roman débute en 1796 avec l’entrée de l’armée de Napoléon en Italie, ce qui insuffle un vent de liberté dans le pays. Fabrice del Dongo, né d’une liaison entre sa mère et un officier français, grandit dans la conviction qu’il est le fils de ce dernier. Adolescent, il part en France pour rejoindre Napoléon et participe à la bataille de Waterloo. Stendhal y dépeint la confusion et le chaos de la guerre, loin de l’image glorieuse que Fabrice s’en faisait.

De retour en Italie, Fabrice doit fuir sa famille. Sa tante, la belle et intelligente duchesse Sanseverina, et son amant, le comte Mosca, l’aident à s’installer à la cour de Parme. La duchesse est une figure centrale, maniant les intrigues politiques pour le bien de son neveu. Fabrice, qui se destine à la prêtrise, se retrouve entraîné dans des aventures sentimentales et des conflits de pouvoir. Il est emprisonné dans la citadelle de Parme après avoir tué un comédien dans un duel. C’est là qu’il fait la connaissance de Clélia Conti, la fille du gouverneur de la prison. Une passion naît entre eux, compliquée par leur situation respective.

Thèmes principaux

La passion contre l’hypocrisie : Le roman oppose les passions sincères et profondes de personnages comme Fabrice et la duchesse, à la vanité et aux intrigues politiques de la cour.

Le bonheur stendhalien : Pour Stendhal, le bonheur ne se trouve pas dans la gloire ou le pouvoir, mais dans l’amour et l’authenticité des sentiments.

La critique politique : Stendhal dénonce la corruption et le despotisme des petites cours italiennes de l’époque. La politique y est une affaire de complots, d’ego et de calculs, loin des idéaux de liberté.

Le roman est célèbre pour son écriture directe et rapide, et pour son analyse psychologique fine. Bien qu’il ait été critiqué à sa sortie, il a été acclamé par des écrivains comme Balzac qui l’a qualifié de chef-d’œuvre.

Œuvres dehors les romans

Essais et Traités

De l’Amour (1822) : Un essai psychologique qui explore la nature du sentiment amoureux, de ses origines à ses différentes formes. Stendhal y expose sa célèbre théorie de la cristallisation, un processus par lequel l’être aimé est sublimé et doté de qualités parfaites dans l’esprit de l’amoureux.

Racine et Shakespeare (1823-1825) : Dans cet essai, Stendhal se positionne comme un ardent défenseur du théâtre romantique. Il oppose le théâtre classique français, qu’il juge dépassé, au théâtre de Shakespeare, qu’il voit comme un modèle de liberté et de modernité.

Histoire de la peinture en Italie (1817) : Une exploration de l’histoire de l’art italien, reflétant son amour pour le pays et sa culture.

Biographies

Vie de Rossini (1824) : Une biographie du compositeur Gioachino Rossini, un de ses favoris. L’œuvre témoigne de l’admiration de Stendhal pour la musique italienne et pour les génies artistiques.

Vie de Napoléon (écrite en 1817-1818, publiée en 1929) : Une biographie du leader qu’il a tant admiré. Stendhal y décrit le génie et l’ambition de Napoléon, des qualités qu’il a souvent prêtées à ses propres héros de fiction.

Œuvres autobiographiques

Vie de Henry Brulard (écrite en 1835-1836, publiée en 1890) : Une autobiographie inachevée et très personnelle, dans laquelle Stendhal se remémore son enfance à Grenoble, sa famille et ses premières années.

Souvenirs d’égotisme (écrite en 1832, publiée en 1892) : Une autre œuvre autobiographique où il explore son “moi” avec une lucidité et une franchise rares pour son époque.

Episodes et anecdotes

La vie de Stendhal, ou Marie-Henri Beyle, est riche en épisodes et anecdotes qui reflètent son caractère complexe : à la fois romantique, observateur et ironique.

La théorie de la “cristallisation”

L’une des idées les plus célèbres de Stendhal n’est pas tirée d’un roman, mais de son essai De l’Amour (1822). Il y développe la théorie de la “cristallisation”. Il raconte une anecdote où il a visité les mines de sel de Salzbourg. Il a observé qu’un simple rameau de bois oublié dans ces mines en ressortait couvert de cristaux de sel étincelants. De la même manière, disait-il, l’amoureux, aveuglé par la passion, “décore” l’être aimé de toutes les perfections imaginables, même s’il n’en possède aucune. Pour Stendhal, la cristallisation est un processus naturel et illusoire qui transforme l’objet de notre amour.

Le “Code civil” et le style d’écriture

Stendhal était célèbre pour sa quête d’un style d’écriture simple et direct, en opposition aux longues phrases et aux fioritures du romantisme. Il racontait à ses amis qu’avant de se mettre à l’écriture, il lisait quelques pages du Code civil de Napoléon. Cette anecdote, souvent citée, symbolise sa volonté de trouver une écriture claire, concise et précise, inspirée par la rigueur du droit. Il voulait que ses phrases soient aussi efficaces et nettes que les articles de loi.

Le syndrome de Stendhal

L’épisode le plus célèbre de sa vie a donné son nom à un phénomène psychologique. En 1817, lors d’un voyage à Florence, Stendhal a visité la basilique Santa Croce. En contemplant les fresques de Giotto et les tombeaux de Michel-Ange et Machiavel, il a été subitement submergé par l’émotion. Il a décrit cette expérience comme une sensation de vertige et d’évanouissement, une réaction physique et psychologique face à la trop grande beauté. Cette anecdote a été popularisée par la psychiatre italienne Graziella Magherini qui a étudié des cas similaires chez des touristes à Florence, donnant ainsi un nom à ce syndrome.

La modestie de sa tombe

Une dernière anecdote, pleine d’ironie, concerne sa tombe. Stendhal avait rédigé lui-même l’épitaphe de sa tombe au cimetière du Montparnasse à Paris. Elle est écrite en italien et indique : “Arrigo Beyle, Milanese. Scrisse, amò, visse.” Ce qui signifie “Henri Beyle, Milanais. Il écrivit, il aima, il vécut.” C’est une épitaphe sobre et modeste pour un homme dont la vie a été si riche, et elle résume parfaitement sa philosophie : écrire, aimer et vivre pleinement.

(Cet article a été généré par Gemini. Et c’est juste un document de référence pour découvrir des poètes et des poésies que vous ne connaissez pas encore.)

Index des notes sur les romanciers et les mouvements littéraires
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Mémoires sur Gustave Flaubert (1821-1880) et ses œuvre

Aperçu

Gustave Flaubert est une figure majeure de la littérature française du XIXe siècle, reconnu comme l’un des pères du réalisme. Né à Rouen en 1821, il a passé la majeure partie de sa vie à se consacrer entièrement à son art, travaillant ses œuvres avec une exigence et une minutie extrêmes.

Un maître du style

Flaubert est célèbre pour sa recherche inlassable du mot juste. Il polissait ses phrases, parfois pendant des jours, pour atteindre une perfection stylistique et une harmonie sonore. Ce travail acharné a donné lieu à des chefs-d’œuvre de prose, caractérisés par une narration impersonnelle et une objectivité rigoureuse. Il croyait que l’artiste devait s’effacer derrière son œuvre pour laisser parler la réalité elle-même, une idée révolutionnaire pour l’époque.

Ses œuvres majeures

Son roman le plus célèbre, Madame Bovary (1857), est un tournant dans la littérature. L’histoire d’Emma Bovary, une femme qui s’ennuie dans sa vie de province et cherche l’évasion dans l’adultère, a choqué la société de son temps. Flaubert a été poursuivi pour outrage aux bonnes mœurs, mais il a été acquitté, ce qui a rendu son livre encore plus populaire.

D’autres œuvres importantes de Flaubert incluent :

Salammbô (1862) : un roman historique et exotique qui se déroule dans l’ancienne Carthage.

L’Éducation sentimentale (1869) : un roman qui retrace l’histoire d’une génération désillusionnée à travers les amours et la vie de Frédéric Moreau.

Trois contes (1877) : un recueil de trois nouvelles, dont la plus célèbre est Un cœur simple, l’histoire de la dévouée servante Félicité.

Un impact durable

L’influence de Flaubert a été immense. Il a posé les bases du roman moderne en s’éloignant du romantisme et en insistant sur la discipline, l’observation minutieuse et le travail sur le style. Son souci de la précision et son détachement ont inspiré de nombreux écrivains, de Maupassant à Proust et bien d’autres, faisant de lui une figure incontournable de la littérature mondiale.

Histoire

Gustave Flaubert est né en 1821 à Rouen, en Normandie, dans une famille aisée. Fils d’un chirurgien-chef, il grandit dans un milieu qui valorise la science et l’observation, une influence qui marquera profondément son style. Dès son plus jeune âge, il se passionne pour la littérature et s’éloigne des études de droit entamées à Paris, qu’il abandonne après une crise nerveuse en 1844.

Devenu rentier à la suite du décès de son père, Flaubert se retire dans sa propriété de Croisset, près de Rouen, où il mène une vie de reclus dédiée à son art. Sa vie est marquée par une recherche obsessionnelle de la perfection stylistique, connue sous le nom de “gueuloir” (le fait de crier ses phrases pour en tester la sonorité). Son objectif était d’atteindre le “mot juste” et d’effacer la présence de l’auteur pour laisser le récit parler de lui-même.

Un écrivain réaliste et contesté

Sa vie d’écrivain est avant tout l’histoire d’un travail acharné et solitaire. Le travail sur son chef-d’œuvre, Madame Bovary (1857), lui prendra près de cinq ans. Ce roman, qui dépeint la vie d’une femme de province étouffée par l’ennui et le conformisme, suscite un scandale lors de sa publication. Flaubert est poursuivi pour outrage aux bonnes mœurs, mais son acquittement le propulse sur le devant de la scène littéraire.

Après ce succès, Flaubert continue de perfectionner son style à travers des œuvres aussi diverses que le roman historique et poétique Salammbô (1862), l’autobiographique et désabusé L’Éducation sentimentale (1869) et le recueil de nouvelles Trois contes (1877), qui comprend la très émouvante “Un cœur simple”.

Une fin de vie difficile et un héritage immense

Malgré la reconnaissance, la fin de sa vie est assombrie par des difficultés financières et la maladie. Il se consacre à l’écriture de son ultime roman, Bouvard et Pécuchet, une critique acerbe de la bêtise humaine, qu’il laisse inachevé à sa mort en 1880.

Flaubert a laissé un héritage littéraire colossal, non seulement par ses œuvres, mais aussi par sa correspondance, qui est une source précieuse sur sa conception de l’art et sa vie. Il est considéré comme un précurseur du roman moderne et un maître du réalisme, influençant toute une génération d’écrivains, dont Maupassant.

Chronologie

Voici une chronologie de la vie et des œuvres de Gustave Flaubert, un des plus grands écrivains du XIXe siècle, connu pour son style exigeant et son rôle majeur dans le développement du réalisme.

Débuts et formation (1821-1846)

12 décembre 1821 : Naissance de Gustave Flaubert à Rouen, en Normandie.

1840 : Il obtient son baccalauréat et commence des études de droit à Paris, mais s’en désintéresse rapidement.

Janvier 1844 : Une crise nerveuse le contraint à abandonner ses études. Il retourne chez sa famille à Croisset, où il se consacrera entièrement à l’écriture pour le reste de sa vie.

15 janvier 1846 : Mort de son père. Deux mois plus tard, sa sœur Caroline meurt également en couches. Ces deuils profonds le marquent durablement.

La maturité artistique et les chefs-d’œuvre (1849-1877)

1849-1851 : Flaubert voyage en Orient (Égypte, Palestine, Turquie) avec son ami Maxime Du Camp, une expérience qui nourrira son imagination.

1851-1856 : Il travaille intensivement sur Madame Bovary. C’est un processus de création minutieux, où il recherche inlassablement le mot juste.

1857 : Publication de Madame Bovary. L’œuvre fait scandale et Flaubert est traîné en justice pour “outrage à la morale publique et religieuse”. Il sera finalement acquitté.

1862 : Publication de Salammbô, un roman historique exotique qui rencontre un grand succès.

1869 : Publication de L’Éducation sentimentale, qui dépeint la désillusion d’une génération. Le roman est un échec commercial et critique, mais est aujourd’hui considéré comme l’une de ses œuvres majeures.

1877 : Publication de Trois contes, un recueil de nouvelles qui inclut notamment “Un cœur simple”.

Fin de vie et héritage (1875-1880)

1875 : Flaubert connaît d’importantes difficultés financières suite à la ruine du mari de sa nièce.

1877-1880 : Il travaille sur son dernier roman, Bouvard et Pécuchet, une satire de la bêtise et de l’absurdité du savoir.

8 mai 1880 : Flaubert meurt à Croisset d’une hémorragie cérébrale, laissant Bouvard et Pécuchet inachevé. Son œuvre sera publiée de manière posthume.

Caractéristiques des romans

Les romans de Gustave Flaubert se distinguent par un ensemble de caractéristiques qui en font des œuvres majeures du réalisme et des précurseurs du roman moderne. ✍️ Ses textes sont le fruit d’un travail acharné, et il ne laisse rien au hasard.

Le style et la méthode

La quête du “mot juste” : Flaubert est célèbre pour sa recherche obsessionnelle de l’expression parfaite. Il relisait ses phrases à voix haute dans son “gueuloir” pour en vérifier la musicalité et la justesse, ce qui confère à sa prose une grande perfection formelle.

L’impersonnalité : Flaubert s’efface complètement de ses œuvres. Il refuse d’intervenir en tant que narrateur pour donner son opinion ou moraliser. Il laisse les faits et les personnages parler d’eux-mêmes, ce qui crée une impression d’objectivité et de détachement. Ce principe a été une véritable révolution pour l’époque.

Le réalisme et l’observation : Pour Flaubert, le roman doit dépeindre la réalité avec une exactitude scientifique. Il se documente énormément et intègre des détails précis et des descriptions minutieuses pour immerger le lecteur dans le cadre social et historique de ses récits.

Thèmes et personnages

La critique du romantisme et de la bêtise humaine : Bien qu’il ait lui-même été influencé par le romantisme, Flaubert critique ses illusions et son idéalisme. Ses personnages, comme Emma Bovary, sont souvent écrasés par la trivialité du quotidien, la réalité ne correspondant jamais à leurs rêves romantiques. Flaubert montre également une grande ironie envers la bêtise et la médiocrité de la bourgeoisie et de la société.

L’ennui et le pessimisme : Les romans de Flaubert, en particulier Madame Bovary et L’Éducation sentimentale, sont imprégnés d’un profond sentiment de lassitude et d’ennui. Ses personnages sont souvent désenchantés et incapables de trouver un sens à leur existence.

L’échec des ambitions : Ses protagonistes, qu’ils soient de jeunes bourgeois (Frédéric Moreau) ou des copistes (Bouvard et Pécuchet), sont animés par de grandes aspirations qui se heurtent invariablement à la banalité du monde réel, menant à l’échec et à la désillusion.

Style(s), genre(s), thème(s) et technique(s)

Les romans de Gustave Flaubert sont des œuvres fondatrices du réalisme du XIXe siècle, caractérisées par une approche méthodique et un style extrêmement travaillé.

Style et méthode

Son style se définit par une recherche obsessionnelle du “mot juste” et une attention méticuleuse à la musicalité de la phrase. Flaubert utilise une technique d’écriture basée sur l’impersonnalité, où le narrateur s’efface pour laisser les événements et les personnages parler d’eux-mêmes. Il emploie le discours indirect libre pour faire entendre la pensée de ses personnages tout en gardant une distance narrative. Sa méthode repose sur une documentation exhaustive et une observation rigoureuse de la réalité.

Mouvements et époques

Flaubert est le chef de file du réalisme, un mouvement littéraire et artistique qui cherche à représenter la réalité de manière objective et détaillée. Son œuvre est également une transition entre le romantisme, qu’il critique tout en en étant imprégné, et le naturalisme, dont il est un précurseur. Ses romans appartiennent à la période du XIXe siècle, une époque de grands changements sociaux et de désillusions.

Genres et formes

Le genre principal de Flaubert est le roman. Il a exploré différentes formes de ce genre :

Le roman de mœurs (Madame Bovary, L’Éducation sentimentale), qui dépeint la vie et les coutumes d’une société.

Le roman historique (Salammbô).

La nouvelle (Trois contes).

Le roman philosophique et satirique (Bouvard et Pécuchet).

Thèmes et sujets

Les thèmes majeurs de ses romans sont :

Le désenchantement et la désillusion, souvent liés à l’échec des ambitions et des rêves.

La critique de la bourgeoisie et de sa bêtise.

Le conflit entre le rêve et la réalité, souvent symbolisé par l’ennui et la trivialité du quotidien.

La fatalité et le déterminisme social, qui écrasent les personnages.

La médiocrité de la condition humaine.

Impacts & Influences

Gustave Flaubert est une figure pivot de la littérature moderne, dont l’impact dépasse largement son époque. Son influence se fait sentir tant sur les écrivains de son temps que sur les générations suivantes, modifiant profondément la manière de concevoir l’art du roman.

Impacts sur le réalisme et la littérature française

Flaubert a été l’un des principaux artisans du réalisme. 📚 Son insistance sur l’objectivité, l’impersonnalité et la documentation a redéfini les standards de l’écriture romanesque. Loin du romantisme et de ses élans passionnés, il a montré comment le quotidien le plus banal pouvait devenir le sujet d’un grand art.

Le “mot juste” et la perfection stylistique : La quête obsessive de Flaubert pour la phrase parfaite a élevé le style au rang d’un enjeu majeur. Il a enseigné aux écrivains que l’art ne réside pas seulement dans le sujet, mais aussi dans la forme.

L’impersonnalité : En se retirant du récit, Flaubert a donné au roman une neutralité qui a influencé de nombreux auteurs. Ce détachement permet au lecteur de juger par lui-même, sans l’ingérence morale de l’auteur.

Héritiers et influences mondiales

L’influence de Flaubert s’étend bien au-delà des frontières françaises.

Le naturalisme : Émile Zola, bien qu’il ait eu ses propres théories, a continué dans la voie du réalisme scientifique ouverte par Flaubert, en appliquant des méthodes d’observation encore plus rigoureuses à la description des milieux sociaux.

Les écrivains anglo-saxons : L’écrivain américain Henry James a admiré le travail de Flaubert, le considérant comme un “écrivain pour écrivains”. Ses romans, axés sur la psychologie et la finesse des relations sociales, doivent beaucoup à la précision flaubertienne. D’autres figures comme Joseph Conrad ont été marquées par son style.

La modernité : Plus tard, Flaubert a influencé des écrivains comme Marcel Proust, qui a salué sa maîtrise de la phrase. Des auteurs du XXe siècle, de Vladimir Nabokov à Michel Butor (pour le Nouveau Roman), ont dialogué avec son œuvre, soit en l’imitant, soit en s’en éloignant.

Flaubert est donc un jalon essentiel de la littérature, car il a transformé le roman en une forme d’art exigeante et consciente d’elle-même.

Relations avec romanciers

Gustave Flaubert a entretenu des relations complexes et significatives avec plusieurs écrivains de son temps, principalement par le biais d’une abondante correspondance et de rencontres régulières dans les salons parisiens. Ces relations, souvent fondées sur un respect mutuel malgré des divergences esthétiques, ont joué un rôle crucial dans le paysage littéraire du XIXe siècle.

Guy de Maupassant

La relation avec Guy de Maupassant est sans doute la plus célèbre et la plus paternelle. 👨‍🏫 Flaubert était un ami de la famille de Maupassant et a pris le jeune écrivain sous son aile, le guidant et le conseillant de manière rigoureuse. Il lui a notamment inculqué son principe fondamental : le travail et la discipline. Flaubert a encouragé Maupassant à écrire et a été le premier à reconnaître son talent après la publication de Boule de Suif, qu’il a qualifié de chef-d’œuvre. La mort de Flaubert en 1880 a profondément affecté Maupassant.

George Sand

George Sand et Flaubert ont entretenu une amitié littéraire et épistolaire profonde et fascinante, malgré des visions du monde et de l’art diamétralement opposées. 💌 George Sand, romantique et idéaliste, croyait en l’utilité sociale de l’art et à la nécessité de mettre son cœur dans ses œuvres. Flaubert, réaliste et pessimiste, défendait l’art pour l’art et une impersonnalité absolue de l’artiste. Leur correspondance révèle un échange passionné, où George Sand tente de ramener Flaubert vers plus d’humanité, tandis que lui reste fidèle à son exigence de détachement stylistique.

Émile Zola

Les relations entre Flaubert et Émile Zola ont commencé en 1869 et ont duré jusqu’à la mort de Flaubert. Zola admirait Flaubert qu’il considérait comme son maître. Flaubert, bien qu’il ait parfois été agacé par les théories du naturalisme de Zola, reconnaissait son immense talent. Les deux hommes échangeaient sur leurs œuvres, et Flaubert a salué la force et l’observation de Zola. Zola, de son côté, a assisté aux dimanches littéraires de Flaubert à Paris et a souvent cherché son approbation, le reconnaissant comme un précurseur de son propre mouvement.

Les frères Goncourt

Flaubert a entretenu une relation d’amitié avec les frères Edmond et Jules de Goncourt, figures importantes du réalisme. Flaubert les rencontrait régulièrement et partageait avec eux des discussions sur la littérature et l’art. Leur fameux Journal offre un témoignage précieux sur Flaubert et sa méthode de travail, décrivant en détail son “gueuloir” et sa quête du mot juste. Bien que Flaubert ait pu être critique de leur style qu’il trouvait parfois trop chargé, il respectait leur travail d’observation et leur rôle dans la modernisation de l’écriture.

Relations

Gustave Flaubert a entretenu des relations importantes avec des personnalités qui n’étaient pas exclusivement romanciers, façonnant sa pensée et son œuvre. Ces relations ont souvent été épistolaires ou ont eu lieu dans le cadre de rencontres littéraires.

Relations avec des poètes

Flaubert avait une relation complexe avec les poètes de son époque. ✍️ Bien qu’il se concentre sur la prose, la poésie occupait une place importante dans sa vie. Sa relation la plus notable fut avec la poétesse Louise Colet. Leur amour tumultueux est surtout connu à travers leur correspondance abondante. Flaubert a développé dans ces lettres ses théories sur l’art, le style et l’impersonnalité, défendant une esthétique qui s’opposait à l’exaltation lyrique du romantisme dont Colet était une représentante.

Une autre figure clé fut le poète Louis Bouilhet. Bouilhet était son ami le plus proche et sa “conscience littéraire”. Il a souvent relu les manuscrits de Flaubert, notamment Madame Bovary, le conseillant et le critiquant. Flaubert le considérait comme la “moitié de son cerveau”, et leur collaboration a été essentielle dans le processus créatif de Flaubert.

Relations avec d’autres personnalités du monde des lettres

Flaubert a échangé avec des figures de la philosophie et des critiques. Il était notamment un ami du critique et historien Hippolyte Taine. Flaubert lisait les ouvrages de Taine, comme le montre le dossier de notes qu’il a laissé sur des ouvrages de Spinoza et de Hegel, et s’intéressait à son approche scientifique de la littérature, ce qui a pu conforter sa propre vision du réalisme. Il était également en contact avec des dramaturges, comme Victor Hugo, et a lui-même tenté de s’aventurer dans le genre théâtral, notamment avec Le Candidat (1874), un échec critique et commercial.

Flaubert a entretenu une correspondance avec sa nièce, Caroline Commanville. Ces lettres, souvent pleines de conseils et de remarques sur son œuvre, offrent un aperçu précieux de ses réflexions personnelles sur l’art, la vie et la société, renforçant l’idée que pour Flaubert, la littérature était une passion solitaire et absolue qui se nourrissait des échanges avec un cercle très restreint d’intimes.

Romanciers similaires

En général, les romanciers similaires à Gustave Flaubert sont ceux qui partagent son engagement envers le réalisme, la perfection stylistique, et une observation minutieuse des détails. Voici quelques noms importants :

Du même siècle que Flaubert

Guy de Maupassant : Maupassant a été le disciple direct de Flaubert. Il a hérité de son goût pour l’impersonnalité, la brièveté de la phrase et la description clinique des mœurs et des milieux sociaux. Son réalisme est souvent plus sombre et pessimiste que celui de Flaubert.

Honoré de Balzac : Balzac est considéré comme le père du réalisme français. Bien que son style soit moins épuré que celui de Flaubert, il partage avec lui une ambition titanesque de dépeindre de manière exhaustive la société de son époque. Flaubert admirait Balzac mais critiquait son style qu’il jugeait parfois négligé.

Émile Zola : Zola est le chef de file du naturalisme, un courant littéraire qui pousse le réalisme encore plus loin en y ajoutant une dimension scientifique et déterministe. Zola considérait Flaubert comme un précurseur et partageait son amour pour la documentation et la description détaillée.

Au-delà de la France

Henry James (États-Unis) : Henry James est un grand admirateur de Flaubert. Il partage avec lui le souci de la composition, la finesse psychologique et une approche technique de l’écriture. Sa prose, bien que différente, est d’une grande précision et complexité, cherchant à sonder la conscience de ses personnages.

Anton Tchekhov (Russie) : Bien qu’il soit plus connu pour ses pièces de théâtre, les nouvelles de Tchekhov sont un exemple de réalisme et d’impersonnalité. Il dépeint la vie ordinaire de ses personnages avec un regard à la fois détaché et profondément empathique.

Léon Tolstoï (Russie) : Comme Flaubert, Tolstoï est un maître de la description des mœurs de son époque. Son roman Anna Karénine est souvent comparé à Madame Bovary pour son exploration des thèmes de l’adultère et de l’ennui dans la haute société.

Ces romanciers sont des exemples qui illustrent l’héritage de Flaubert : un héritage de style, de méthode et d’une vision exigeante du roman comme une forme d’art à part entière.

Romans

Gustave Flaubert est célèbre pour plusieurs romans qui sont considérés comme des chefs-d’œuvre de la littérature française et des textes fondateurs du réalisme. Voici les plus connus :

Madame Bovary (1857) : C’est son roman le plus célèbre et une œuvre majeure de la littérature mondiale. Il raconte l’histoire d’Emma Bovary, une femme qui s’ennuie dans sa vie de province et cherche l’évasion dans l’adultère et les rêves de luxe, jusqu’à sa chute tragique. Le roman a fait scandale à sa publication, mais il est aujourd’hui admiré pour son style impeccable et sa description psychologique et sociale.

Salammbô (1862) : Ce roman est un contraste frappant avec le réalisme de Madame Bovary. C’est un roman historique qui se déroule dans l’ancienne Carthage, juste après la première guerre punique. Flaubert y déploie une prose lyrique et des descriptions exotiques, fruit d’un travail de documentation colossal.

L’Éducation sentimentale (1869) : Ce roman, souvent considéré comme le pendant masculin de Madame Bovary, retrace la vie de Frédéric Moreau de 1840 à 1851. C’est une œuvre qui dépeint la désillusion d’une génération à travers les amours et les ambitions manquées de son protagoniste. Bien qu’il ait été un échec commercial à sa sortie, il est aujourd’hui vu comme un chef-d’œuvre.

Trois contes (1877) : Ce recueil de trois nouvelles est un exemple de la perfection de la prose de Flaubert. Il comprend trois récits très différents : “Un cœur simple” (l’histoire d’une servante dévouée), “La Légende de saint Julien l’Hospitalier” (une légende médiévale), et “Hérodias” (une version de l’histoire de la décollation de Jean-Baptiste).

Bouvard et Pécuchet (posthume, 1881) : Ce roman inachevé est une satire de la bêtise humaine et du savoir encyclopédique. Il suit deux copistes qui, après avoir hérité d’une fortune, décident de se lancer dans l’étude de toutes les sciences et arts, échouant systématiquement dans leurs entreprises.

Madame Bovary (1857)

L’histoire d’Emma Bovary

Madame Bovary est le roman le plus célèbre de Gustave Flaubert, publié en 1857. Il raconte l’histoire d’Emma Bovary, une jeune femme de la campagne normande, élevée au couvent et passionnée par les romans d’amour romantiques. Elle s’ennuie profondément de sa vie, qui ne correspond pas à ses aspirations et à ses rêves. Pour échapper à cette morne réalité, elle épouse Charles Bovary, un médecin de campagne honnête mais médiocre et sans ambition.

Après leur mariage, le couple s’installe à Yonville, une petite ville de province. Emma, encore plus déçue par la vie conjugale et l’ennui de la bourgeoisie rurale, cherche l’évasion. Elle se lance dans des liaisons adultères, d’abord avec un riche propriétaire terrien, Rodolphe Boulanger, puis avec un clerc de notaire timide, Léon Dupuis.

Ces relations, qui devaient lui offrir le bonheur et la passion qu’elle idéalise, se soldent par des échecs cuisants. Rodolphe l’abandonne, et Léon ne peut subvenir à ses désirs de luxe et de vie mondaine. Pour maintenir le train de vie qu’elle rêve d’avoir, Emma s’endette lourdement auprès d’un marchand fourbe, Lheureux.

La chute d’Emma

Emma s’enfonce dans les dettes et le désespoir. Incapable de faire face aux remboursements, elle est confrontée à la saisie de ses biens. Rejetée par tous ses amants et ses prétendus amis, elle se retrouve seule et sans issue. Pour échapper à l’humiliation et à la ruine, elle se suicide en avalant de l’arsenic.

Pourquoi le roman est-il si important ?

Le réalisme : Flaubert a dépeint la vie de province avec une précision et un souci du détail sans précédent. Il a refusé de glorifier ses personnages et a montré la réalité crue et banale de leur existence.

Le style : Le roman est une leçon de style littéraire. Flaubert a travaillé sans relâche pour trouver le “mot juste” et a utilisé le discours indirect libre pour exprimer les pensées de ses personnages sans jamais les juger.

Le scandale : À sa publication, le roman a été jugé immoral et a conduit Flaubert à un procès pour “outrage à la morale publique et religieuse”. Son acquittement a fait de lui une figure majeure de la littérature française.

L’Éducation sentimentale (1869)

L’Éducation sentimentale est un roman de Gustave Flaubert, publié en 1869. Souvent considéré comme le pendant masculin de Madame Bovary, il est une fresque de la jeunesse française de 1840 à 1851, et l’histoire d’un échec et d’une désillusion.

Un jeune homme et ses désillusions

L’Éducation sentimentale de Gustave Flaubert suit la vie de Frédéric Moreau, un jeune homme ambitieux et naïf qui arrive à Paris en 1840 pour poursuivre ses études de droit. Rapidement, il se laisse emporter par les mondanités et les amours platoniques, délaissant ses ambitions professionnelles.

Frédéric rencontre et tombe éperdument amoureux de Marie Arnoux, l’épouse d’un marchand d’art. Cette passion est la force motrice de l’intrigue. Elle le rend passif, le poussant à fantasmer sur une relation impossible plutôt qu’à agir pour réaliser ses rêves.

En parallèle, le roman dresse un portrait détaillé de la société française de l’époque. Frédéric fréquente des cercles artistiques et politiques où il rencontre des personnages variés : le banquier corrompu Dambreuse, l’artiste désespéré Pellerin, le militant politique Deslauriers, et bien d’autres. Ces rencontres reflètent les bouleversements sociaux et politiques de la période, notamment la Révolution de 1848.

Les amours de Frédéric

Frédéric est incapable de s’engager dans une relation durable, sa vie sentimentale est une série d’échecs et d’amours ratées. Il a des liaisons avec d’autres femmes, comme la courtisane Rosanette et la bourgeoise Madame Dambreuse, mais aucune ne parvient à remplacer son amour pour Marie Arnoux. Ces liaisons sont éphémères et superficielles, et elles ne lui apportent ni bonheur ni épanouissement.

Le récit montre comment les espoirs et les rêves de Frédéric s’effondrent peu à peu. Il ne parvient pas à trouver sa place dans la société, échoue dans ses ambitions, et sa vie sentimentale se résume à des déceptions. Il est le symbole d’une jeunesse perdue, incapable de transformer ses aspirations en actions concrètes. Le roman se termine sur une note d’introspection, où l’on constate que les passions de jeunesse de Frédéric ne l’ont mené à rien.

Le roman se déroule sur fond de bouleversements politiques majeurs, notamment la Révolution de 1848 et le coup d’État du 2 décembre 1851. Flaubert dépeint une génération entière qui a vu ses espoirs et ses idéaux politiques et sentimentaux brisés. Le roman se termine sur une note sombre, où Frédéric, vieilli, se remémore avec son ami Deslauriers le seul moment de leur jeunesse où ils ont montré de l’audace, un simple passage dans une maison close.

Pourquoi le roman est-il important ?

Roman de l’échec : Contrairement aux romans traditionnels, L’Éducation sentimentale ne suit pas l’ascension de son héros, mais bien sa chute et son inaction. Il est une critique du romantisme et de ses illusions.

Le réalisme : Flaubert dépeint avec une précision historique et sociale la vie politique et artistique de l’époque. Son style est neutre et impersonnel, sans aucun jugement moral.

L’ennui : Le roman est une méditation sur l’ennui et le vide de l’existence, un thème central chez Flaubert. Frédéric est un anti-héros, un personnage passif qui ne trouve pas de sens à sa vie.

Bouvard et Pécuchet (posthume, 1881)

Bouvard et Pécuchet est un roman inachevé de Gustave Flaubert, publié à titre posthume en 1881. C’est une satire féroce sur la bêtise humaine et l’absurdité du savoir.

L’histoire de deux copistes

Le roman commence par une rencontre fortuite entre deux hommes, François Bouvard et Juste Pécuchet, qui se ressemblent étrangement et partagent la même profession de copiste. Ils se lient d’amitié et, après avoir tous deux hérité d’une fortune, décident d’acheter une ferme en Normandie pour se retirer de la vie parisienne.

Ils s’installent à Chavignolles, bien décidés à se cultiver et à vivre de manière autonome. Leur projet est simple : étudier tous les domaines du savoir humain et les mettre en pratique.

Une quête du savoir vouée à l’échec

Bouvard et Pécuchet se lancent avec enthousiasme dans une série d’expériences et d’études dans tous les domaines imaginables :

L’agriculture : ils lisent des traités et des manuels pour cultiver leur jardin, mais leurs tentatives se soldent par des échecs cuisants.

La médecine et la chimie : ils s’essaient à la médecine, concoctant des remèdes qui ne font qu’aggraver les maux de leurs voisins.

La politique : ils débattent de politique et de religion, mais leurs opinions changent à chaque nouvel ouvrage qu’ils lisent.

La science, la littérature, la philosophie, l’archéologie : ils abordent tous les sujets, mais leur manque de méthode et leur esprit de système les conduisent à la confusion et au ridicule.

Flaubert a laissé de nombreuses notes pour la suite du roman, où les deux hommes devaient revenir à leur première profession de copistes, copiés tous les documents trouvés, illustrant l’idée que le savoir ne mène à rien.

Œuvres dehors les romans

En dehors de ses célèbres romans, Gustave Flaubert a écrit plusieurs œuvres de genres divers, qui complètent son corpus littéraire et révèlent d’autres facettes de son génie.

Trois contes (1877) : C’est son recueil de nouvelles le plus célèbre, un chef-d’œuvre de la prose courte. Il est composé de trois récits : “Un cœur simple” (l’histoire d’une servante dévouée), “La Légende de saint Julien l’Hospitalier” (un conte médiéval sur la rédemption) et “Hérodias” (une version de l’histoire de Jean-Baptiste).

Le Candidat (1874) : C’est une pièce de théâtre, une comédie qui critique les mœurs politiques de l’époque. Flaubert a tenté d’obtenir un succès sur scène, mais la pièce a été un échec commercial et critique.

Le Dictionnaire des idées reçues (publié à titre posthume) : Il s’agit d’un projet satirique sur lequel Flaubert a travaillé tout au long de sa vie. C’est un recueil d’expressions et de clichés de la bourgeoisie, visant à exposer la bêtise et le conformisme de la société de son temps. Ce dictionnaire était destiné à faire partie du roman inachevé Bouvard et Pécuchet.

La Tentation de Saint Antoine (trois versions, 1849, 1856, 1874) : C’est un drame philosophique et poétique qui explore les thèmes de la tentation et de la sainteté. Flaubert y déploie un style riche et imagé, inspiré par ses lectures de Pères de l’Église et de philosophes.

Correspondance : Flaubert a laissé une correspondance abondante et de grande qualité, qui est aujourd’hui une partie essentielle de son œuvre. Ces lettres à des amis comme George Sand, Guy de Maupassant ou Louise Colet sont un témoignage précieux sur son processus de création, ses idées esthétiques et sa vision du monde.

Episodes et anecdotes

Gustave Flaubert, malgré sa vie de reclus à Croisset, a été le protagoniste de plusieurs épisodes marquants et d’anecdotes qui éclairent sa personnalité, son processus d’écriture et sa place dans le monde littéraire.

Le procès de Madame Bovary

L’épisode le plus célèbre de la vie de Flaubert est sans doute son procès pour outrage aux bonnes mœurs et à la religion en 1857, suite à la publication de Madame Bovary. Le procureur impérial Ernest Pinard a critiqué le roman pour son “réalisme vulgaire” et son immoralité. Flaubert a été défendu par l’avocat Marie-Antoine-Jules Sénard. Le procès a duré cinq jours et s’est terminé par son acquittement, un dénouement qui a non seulement sauvé sa carrière, mais a aussi fait de lui une figure incontournable de la littérature française. Le procès a paradoxalement contribué au succès du roman, attirant l’attention du public sur une œuvre perçue comme scandaleuse.

Le “gueuloir” et la quête du “mot juste”

Pour Flaubert, l’écriture était un véritable travail artisanal. Il est célèbre pour son “gueuloir”, une méthode qu’il utilisait pour tester la musicalité et le rythme de ses phrases. Il relisait ses textes à voix haute, les criant presque, pour s’assurer que chaque mot était à sa place et que la phrase avait une harmonie parfaite. Cette méthode symbolise sa quête obsessionnelle du “mot juste” et sa conviction que l’art de la prose était aussi rigoureux que la poésie. C’est à Croisset, dans la solitude de sa maison, qu’il s’adonnait à cet exercice avec une exigence sans faille.

La statue de Flaubert à Rouen

Une anecdote raconte que lors de l’inauguration de la statue de Flaubert à Rouen en 1907, son ami et disciple Guy de Maupassant aurait refusé d’y assister. Maupassant, qui avait une relation complexe d’admiration et de respect avec son maître, aurait déclaré qu’il ne pouvait supporter l’idée de voir Flaubert “transformé en bronze”. Cette réaction témoigne de la profonde affection et de la loyauté que Maupassant portait à Flaubert, un lien si fort qu’il ne pouvait le réduire à un simple monument.

Le dîner des auteurs et la blague de Taine

Lors d’un dîner chez le critique Hippolyte Taine, Flaubert a été la cible d’une blague. En pleine conversation, Taine lui a demandé : “Dites, Flaubert, vous savez que les huîtres sont les animaux les plus bêtes du monde ?” Flaubert, toujours sérieux, aurait répondu : “Non, je n’ai pas cette information.” Taine aurait alors fait un grand sourire et aurait ajouté : “Eh bien, vous voilà renseigné !” Cette anecdote, peut-être apocryphe, met en lumière le caractère austère et souvent austère de Flaubert, qui était plus à l’aise dans le monde des idées que dans celui des badinages sociaux.

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