Mémoires sur Gustave Flaubert (1821-1880) et ses œuvre

Aperçu

Gustave Flaubert est une figure majeure de la littérature française du XIXe siècle, reconnu comme l’un des pères du réalisme. Né à Rouen en 1821, il a passé la majeure partie de sa vie à se consacrer entièrement à son art, travaillant ses œuvres avec une exigence et une minutie extrêmes.

Un maître du style

Flaubert est célèbre pour sa recherche inlassable du mot juste. Il polissait ses phrases, parfois pendant des jours, pour atteindre une perfection stylistique et une harmonie sonore. Ce travail acharné a donné lieu à des chefs-d’œuvre de prose, caractérisés par une narration impersonnelle et une objectivité rigoureuse. Il croyait que l’artiste devait s’effacer derrière son œuvre pour laisser parler la réalité elle-même, une idée révolutionnaire pour l’époque.

Ses œuvres majeures

Son roman le plus célèbre, Madame Bovary (1857), est un tournant dans la littérature. L’histoire d’Emma Bovary, une femme qui s’ennuie dans sa vie de province et cherche l’évasion dans l’adultère, a choqué la société de son temps. Flaubert a été poursuivi pour outrage aux bonnes mœurs, mais il a été acquitté, ce qui a rendu son livre encore plus populaire.

D’autres œuvres importantes de Flaubert incluent :

Salammbô (1862) : un roman historique et exotique qui se déroule dans l’ancienne Carthage.

L’Éducation sentimentale (1869) : un roman qui retrace l’histoire d’une génération désillusionnée à travers les amours et la vie de Frédéric Moreau.

Trois contes (1877) : un recueil de trois nouvelles, dont la plus célèbre est Un cœur simple, l’histoire de la dévouée servante Félicité.

Un impact durable

L’influence de Flaubert a été immense. Il a posé les bases du roman moderne en s’éloignant du romantisme et en insistant sur la discipline, l’observation minutieuse et le travail sur le style. Son souci de la précision et son détachement ont inspiré de nombreux écrivains, de Maupassant à Proust et bien d’autres, faisant de lui une figure incontournable de la littérature mondiale.

Histoire

Gustave Flaubert est né en 1821 à Rouen, en Normandie, dans une famille aisée. Fils d’un chirurgien-chef, il grandit dans un milieu qui valorise la science et l’observation, une influence qui marquera profondément son style. Dès son plus jeune âge, il se passionne pour la littérature et s’éloigne des études de droit entamées à Paris, qu’il abandonne après une crise nerveuse en 1844.

Devenu rentier à la suite du décès de son père, Flaubert se retire dans sa propriété de Croisset, près de Rouen, où il mène une vie de reclus dédiée à son art. Sa vie est marquée par une recherche obsessionnelle de la perfection stylistique, connue sous le nom de “gueuloir” (le fait de crier ses phrases pour en tester la sonorité). Son objectif était d’atteindre le “mot juste” et d’effacer la présence de l’auteur pour laisser le récit parler de lui-même.

Un écrivain réaliste et contesté

Sa vie d’écrivain est avant tout l’histoire d’un travail acharné et solitaire. Le travail sur son chef-d’œuvre, Madame Bovary (1857), lui prendra près de cinq ans. Ce roman, qui dépeint la vie d’une femme de province étouffée par l’ennui et le conformisme, suscite un scandale lors de sa publication. Flaubert est poursuivi pour outrage aux bonnes mœurs, mais son acquittement le propulse sur le devant de la scène littéraire.

Après ce succès, Flaubert continue de perfectionner son style à travers des œuvres aussi diverses que le roman historique et poétique Salammbô (1862), l’autobiographique et désabusé L’Éducation sentimentale (1869) et le recueil de nouvelles Trois contes (1877), qui comprend la très émouvante “Un cœur simple”.

Une fin de vie difficile et un héritage immense

Malgré la reconnaissance, la fin de sa vie est assombrie par des difficultés financières et la maladie. Il se consacre à l’écriture de son ultime roman, Bouvard et Pécuchet, une critique acerbe de la bêtise humaine, qu’il laisse inachevé à sa mort en 1880.

Flaubert a laissé un héritage littéraire colossal, non seulement par ses œuvres, mais aussi par sa correspondance, qui est une source précieuse sur sa conception de l’art et sa vie. Il est considéré comme un précurseur du roman moderne et un maître du réalisme, influençant toute une génération d’écrivains, dont Maupassant.

Chronologie

Voici une chronologie de la vie et des œuvres de Gustave Flaubert, un des plus grands écrivains du XIXe siècle, connu pour son style exigeant et son rôle majeur dans le développement du réalisme.

Débuts et formation (1821-1846)

12 décembre 1821 : Naissance de Gustave Flaubert à Rouen, en Normandie.

1840 : Il obtient son baccalauréat et commence des études de droit à Paris, mais s’en désintéresse rapidement.

Janvier 1844 : Une crise nerveuse le contraint à abandonner ses études. Il retourne chez sa famille à Croisset, où il se consacrera entièrement à l’écriture pour le reste de sa vie.

15 janvier 1846 : Mort de son père. Deux mois plus tard, sa sœur Caroline meurt également en couches. Ces deuils profonds le marquent durablement.

La maturité artistique et les chefs-d’œuvre (1849-1877)

1849-1851 : Flaubert voyage en Orient (Égypte, Palestine, Turquie) avec son ami Maxime Du Camp, une expérience qui nourrira son imagination.

1851-1856 : Il travaille intensivement sur Madame Bovary. C’est un processus de création minutieux, où il recherche inlassablement le mot juste.

1857 : Publication de Madame Bovary. L’œuvre fait scandale et Flaubert est traîné en justice pour “outrage à la morale publique et religieuse”. Il sera finalement acquitté.

1862 : Publication de Salammbô, un roman historique exotique qui rencontre un grand succès.

1869 : Publication de L’Éducation sentimentale, qui dépeint la désillusion d’une génération. Le roman est un échec commercial et critique, mais est aujourd’hui considéré comme l’une de ses œuvres majeures.

1877 : Publication de Trois contes, un recueil de nouvelles qui inclut notamment “Un cœur simple”.

Fin de vie et héritage (1875-1880)

1875 : Flaubert connaît d’importantes difficultés financières suite à la ruine du mari de sa nièce.

1877-1880 : Il travaille sur son dernier roman, Bouvard et Pécuchet, une satire de la bêtise et de l’absurdité du savoir.

8 mai 1880 : Flaubert meurt à Croisset d’une hémorragie cérébrale, laissant Bouvard et Pécuchet inachevé. Son œuvre sera publiée de manière posthume.

Caractéristiques des romans

Les romans de Gustave Flaubert se distinguent par un ensemble de caractéristiques qui en font des œuvres majeures du réalisme et des précurseurs du roman moderne. ✍️ Ses textes sont le fruit d’un travail acharné, et il ne laisse rien au hasard.

Le style et la méthode

La quête du “mot juste” : Flaubert est célèbre pour sa recherche obsessionnelle de l’expression parfaite. Il relisait ses phrases à voix haute dans son “gueuloir” pour en vérifier la musicalité et la justesse, ce qui confère à sa prose une grande perfection formelle.

L’impersonnalité : Flaubert s’efface complètement de ses œuvres. Il refuse d’intervenir en tant que narrateur pour donner son opinion ou moraliser. Il laisse les faits et les personnages parler d’eux-mêmes, ce qui crée une impression d’objectivité et de détachement. Ce principe a été une véritable révolution pour l’époque.

Le réalisme et l’observation : Pour Flaubert, le roman doit dépeindre la réalité avec une exactitude scientifique. Il se documente énormément et intègre des détails précis et des descriptions minutieuses pour immerger le lecteur dans le cadre social et historique de ses récits.

Thèmes et personnages

La critique du romantisme et de la bêtise humaine : Bien qu’il ait lui-même été influencé par le romantisme, Flaubert critique ses illusions et son idéalisme. Ses personnages, comme Emma Bovary, sont souvent écrasés par la trivialité du quotidien, la réalité ne correspondant jamais à leurs rêves romantiques. Flaubert montre également une grande ironie envers la bêtise et la médiocrité de la bourgeoisie et de la société.

L’ennui et le pessimisme : Les romans de Flaubert, en particulier Madame Bovary et L’Éducation sentimentale, sont imprégnés d’un profond sentiment de lassitude et d’ennui. Ses personnages sont souvent désenchantés et incapables de trouver un sens à leur existence.

L’échec des ambitions : Ses protagonistes, qu’ils soient de jeunes bourgeois (Frédéric Moreau) ou des copistes (Bouvard et Pécuchet), sont animés par de grandes aspirations qui se heurtent invariablement à la banalité du monde réel, menant à l’échec et à la désillusion.

Style(s), genre(s), thème(s) et technique(s)

Les romans de Gustave Flaubert sont des œuvres fondatrices du réalisme du XIXe siècle, caractérisées par une approche méthodique et un style extrêmement travaillé.

Style et méthode

Son style se définit par une recherche obsessionnelle du “mot juste” et une attention méticuleuse à la musicalité de la phrase. Flaubert utilise une technique d’écriture basée sur l’impersonnalité, où le narrateur s’efface pour laisser les événements et les personnages parler d’eux-mêmes. Il emploie le discours indirect libre pour faire entendre la pensée de ses personnages tout en gardant une distance narrative. Sa méthode repose sur une documentation exhaustive et une observation rigoureuse de la réalité.

Mouvements et époques

Flaubert est le chef de file du réalisme, un mouvement littéraire et artistique qui cherche à représenter la réalité de manière objective et détaillée. Son œuvre est également une transition entre le romantisme, qu’il critique tout en en étant imprégné, et le naturalisme, dont il est un précurseur. Ses romans appartiennent à la période du XIXe siècle, une époque de grands changements sociaux et de désillusions.

Genres et formes

Le genre principal de Flaubert est le roman. Il a exploré différentes formes de ce genre :

Le roman de mœurs (Madame Bovary, L’Éducation sentimentale), qui dépeint la vie et les coutumes d’une société.

Le roman historique (Salammbô).

La nouvelle (Trois contes).

Le roman philosophique et satirique (Bouvard et Pécuchet).

Thèmes et sujets

Les thèmes majeurs de ses romans sont :

Le désenchantement et la désillusion, souvent liés à l’échec des ambitions et des rêves.

La critique de la bourgeoisie et de sa bêtise.

Le conflit entre le rêve et la réalité, souvent symbolisé par l’ennui et la trivialité du quotidien.

La fatalité et le déterminisme social, qui écrasent les personnages.

La médiocrité de la condition humaine.

Impacts & Influences

Gustave Flaubert est une figure pivot de la littérature moderne, dont l’impact dépasse largement son époque. Son influence se fait sentir tant sur les écrivains de son temps que sur les générations suivantes, modifiant profondément la manière de concevoir l’art du roman.

Impacts sur le réalisme et la littérature française

Flaubert a été l’un des principaux artisans du réalisme. 📚 Son insistance sur l’objectivité, l’impersonnalité et la documentation a redéfini les standards de l’écriture romanesque. Loin du romantisme et de ses élans passionnés, il a montré comment le quotidien le plus banal pouvait devenir le sujet d’un grand art.

Le “mot juste” et la perfection stylistique : La quête obsessive de Flaubert pour la phrase parfaite a élevé le style au rang d’un enjeu majeur. Il a enseigné aux écrivains que l’art ne réside pas seulement dans le sujet, mais aussi dans la forme.

L’impersonnalité : En se retirant du récit, Flaubert a donné au roman une neutralité qui a influencé de nombreux auteurs. Ce détachement permet au lecteur de juger par lui-même, sans l’ingérence morale de l’auteur.

Héritiers et influences mondiales

L’influence de Flaubert s’étend bien au-delà des frontières françaises.

Le naturalisme : Émile Zola, bien qu’il ait eu ses propres théories, a continué dans la voie du réalisme scientifique ouverte par Flaubert, en appliquant des méthodes d’observation encore plus rigoureuses à la description des milieux sociaux.

Les écrivains anglo-saxons : L’écrivain américain Henry James a admiré le travail de Flaubert, le considérant comme un “écrivain pour écrivains”. Ses romans, axés sur la psychologie et la finesse des relations sociales, doivent beaucoup à la précision flaubertienne. D’autres figures comme Joseph Conrad ont été marquées par son style.

La modernité : Plus tard, Flaubert a influencé des écrivains comme Marcel Proust, qui a salué sa maîtrise de la phrase. Des auteurs du XXe siècle, de Vladimir Nabokov à Michel Butor (pour le Nouveau Roman), ont dialogué avec son œuvre, soit en l’imitant, soit en s’en éloignant.

Flaubert est donc un jalon essentiel de la littérature, car il a transformé le roman en une forme d’art exigeante et consciente d’elle-même.

Relations avec romanciers

Gustave Flaubert a entretenu des relations complexes et significatives avec plusieurs écrivains de son temps, principalement par le biais d’une abondante correspondance et de rencontres régulières dans les salons parisiens. Ces relations, souvent fondées sur un respect mutuel malgré des divergences esthétiques, ont joué un rôle crucial dans le paysage littéraire du XIXe siècle.

Guy de Maupassant

La relation avec Guy de Maupassant est sans doute la plus célèbre et la plus paternelle. 👨‍🏫 Flaubert était un ami de la famille de Maupassant et a pris le jeune écrivain sous son aile, le guidant et le conseillant de manière rigoureuse. Il lui a notamment inculqué son principe fondamental : le travail et la discipline. Flaubert a encouragé Maupassant à écrire et a été le premier à reconnaître son talent après la publication de Boule de Suif, qu’il a qualifié de chef-d’œuvre. La mort de Flaubert en 1880 a profondément affecté Maupassant.

George Sand

George Sand et Flaubert ont entretenu une amitié littéraire et épistolaire profonde et fascinante, malgré des visions du monde et de l’art diamétralement opposées. 💌 George Sand, romantique et idéaliste, croyait en l’utilité sociale de l’art et à la nécessité de mettre son cœur dans ses œuvres. Flaubert, réaliste et pessimiste, défendait l’art pour l’art et une impersonnalité absolue de l’artiste. Leur correspondance révèle un échange passionné, où George Sand tente de ramener Flaubert vers plus d’humanité, tandis que lui reste fidèle à son exigence de détachement stylistique.

Émile Zola

Les relations entre Flaubert et Émile Zola ont commencé en 1869 et ont duré jusqu’à la mort de Flaubert. Zola admirait Flaubert qu’il considérait comme son maître. Flaubert, bien qu’il ait parfois été agacé par les théories du naturalisme de Zola, reconnaissait son immense talent. Les deux hommes échangeaient sur leurs œuvres, et Flaubert a salué la force et l’observation de Zola. Zola, de son côté, a assisté aux dimanches littéraires de Flaubert à Paris et a souvent cherché son approbation, le reconnaissant comme un précurseur de son propre mouvement.

Les frères Goncourt

Flaubert a entretenu une relation d’amitié avec les frères Edmond et Jules de Goncourt, figures importantes du réalisme. Flaubert les rencontrait régulièrement et partageait avec eux des discussions sur la littérature et l’art. Leur fameux Journal offre un témoignage précieux sur Flaubert et sa méthode de travail, décrivant en détail son “gueuloir” et sa quête du mot juste. Bien que Flaubert ait pu être critique de leur style qu’il trouvait parfois trop chargé, il respectait leur travail d’observation et leur rôle dans la modernisation de l’écriture.

Relations

Gustave Flaubert a entretenu des relations importantes avec des personnalités qui n’étaient pas exclusivement romanciers, façonnant sa pensée et son œuvre. Ces relations ont souvent été épistolaires ou ont eu lieu dans le cadre de rencontres littéraires.

Relations avec des poètes

Flaubert avait une relation complexe avec les poètes de son époque. ✍️ Bien qu’il se concentre sur la prose, la poésie occupait une place importante dans sa vie. Sa relation la plus notable fut avec la poétesse Louise Colet. Leur amour tumultueux est surtout connu à travers leur correspondance abondante. Flaubert a développé dans ces lettres ses théories sur l’art, le style et l’impersonnalité, défendant une esthétique qui s’opposait à l’exaltation lyrique du romantisme dont Colet était une représentante.

Une autre figure clé fut le poète Louis Bouilhet. Bouilhet était son ami le plus proche et sa “conscience littéraire”. Il a souvent relu les manuscrits de Flaubert, notamment Madame Bovary, le conseillant et le critiquant. Flaubert le considérait comme la “moitié de son cerveau”, et leur collaboration a été essentielle dans le processus créatif de Flaubert.

Relations avec d’autres personnalités du monde des lettres

Flaubert a échangé avec des figures de la philosophie et des critiques. Il était notamment un ami du critique et historien Hippolyte Taine. Flaubert lisait les ouvrages de Taine, comme le montre le dossier de notes qu’il a laissé sur des ouvrages de Spinoza et de Hegel, et s’intéressait à son approche scientifique de la littérature, ce qui a pu conforter sa propre vision du réalisme. Il était également en contact avec des dramaturges, comme Victor Hugo, et a lui-même tenté de s’aventurer dans le genre théâtral, notamment avec Le Candidat (1874), un échec critique et commercial.

Flaubert a entretenu une correspondance avec sa nièce, Caroline Commanville. Ces lettres, souvent pleines de conseils et de remarques sur son œuvre, offrent un aperçu précieux de ses réflexions personnelles sur l’art, la vie et la société, renforçant l’idée que pour Flaubert, la littérature était une passion solitaire et absolue qui se nourrissait des échanges avec un cercle très restreint d’intimes.

Romanciers similaires

En général, les romanciers similaires à Gustave Flaubert sont ceux qui partagent son engagement envers le réalisme, la perfection stylistique, et une observation minutieuse des détails. Voici quelques noms importants :

Du même siècle que Flaubert

Guy de Maupassant : Maupassant a été le disciple direct de Flaubert. Il a hérité de son goût pour l’impersonnalité, la brièveté de la phrase et la description clinique des mœurs et des milieux sociaux. Son réalisme est souvent plus sombre et pessimiste que celui de Flaubert.

Honoré de Balzac : Balzac est considéré comme le père du réalisme français. Bien que son style soit moins épuré que celui de Flaubert, il partage avec lui une ambition titanesque de dépeindre de manière exhaustive la société de son époque. Flaubert admirait Balzac mais critiquait son style qu’il jugeait parfois négligé.

Émile Zola : Zola est le chef de file du naturalisme, un courant littéraire qui pousse le réalisme encore plus loin en y ajoutant une dimension scientifique et déterministe. Zola considérait Flaubert comme un précurseur et partageait son amour pour la documentation et la description détaillée.

Au-delà de la France

Henry James (États-Unis) : Henry James est un grand admirateur de Flaubert. Il partage avec lui le souci de la composition, la finesse psychologique et une approche technique de l’écriture. Sa prose, bien que différente, est d’une grande précision et complexité, cherchant à sonder la conscience de ses personnages.

Anton Tchekhov (Russie) : Bien qu’il soit plus connu pour ses pièces de théâtre, les nouvelles de Tchekhov sont un exemple de réalisme et d’impersonnalité. Il dépeint la vie ordinaire de ses personnages avec un regard à la fois détaché et profondément empathique.

Léon Tolstoï (Russie) : Comme Flaubert, Tolstoï est un maître de la description des mœurs de son époque. Son roman Anna Karénine est souvent comparé à Madame Bovary pour son exploration des thèmes de l’adultère et de l’ennui dans la haute société.

Ces romanciers sont des exemples qui illustrent l’héritage de Flaubert : un héritage de style, de méthode et d’une vision exigeante du roman comme une forme d’art à part entière.

Romans

Gustave Flaubert est célèbre pour plusieurs romans qui sont considérés comme des chefs-d’œuvre de la littérature française et des textes fondateurs du réalisme. Voici les plus connus :

Madame Bovary (1857) : C’est son roman le plus célèbre et une œuvre majeure de la littérature mondiale. Il raconte l’histoire d’Emma Bovary, une femme qui s’ennuie dans sa vie de province et cherche l’évasion dans l’adultère et les rêves de luxe, jusqu’à sa chute tragique. Le roman a fait scandale à sa publication, mais il est aujourd’hui admiré pour son style impeccable et sa description psychologique et sociale.

Salammbô (1862) : Ce roman est un contraste frappant avec le réalisme de Madame Bovary. C’est un roman historique qui se déroule dans l’ancienne Carthage, juste après la première guerre punique. Flaubert y déploie une prose lyrique et des descriptions exotiques, fruit d’un travail de documentation colossal.

L’Éducation sentimentale (1869) : Ce roman, souvent considéré comme le pendant masculin de Madame Bovary, retrace la vie de Frédéric Moreau de 1840 à 1851. C’est une œuvre qui dépeint la désillusion d’une génération à travers les amours et les ambitions manquées de son protagoniste. Bien qu’il ait été un échec commercial à sa sortie, il est aujourd’hui vu comme un chef-d’œuvre.

Trois contes (1877) : Ce recueil de trois nouvelles est un exemple de la perfection de la prose de Flaubert. Il comprend trois récits très différents : “Un cœur simple” (l’histoire d’une servante dévouée), “La Légende de saint Julien l’Hospitalier” (une légende médiévale), et “Hérodias” (une version de l’histoire de la décollation de Jean-Baptiste).

Bouvard et Pécuchet (posthume, 1881) : Ce roman inachevé est une satire de la bêtise humaine et du savoir encyclopédique. Il suit deux copistes qui, après avoir hérité d’une fortune, décident de se lancer dans l’étude de toutes les sciences et arts, échouant systématiquement dans leurs entreprises.

Madame Bovary (1857)

L’histoire d’Emma Bovary

Madame Bovary est le roman le plus célèbre de Gustave Flaubert, publié en 1857. Il raconte l’histoire d’Emma Bovary, une jeune femme de la campagne normande, élevée au couvent et passionnée par les romans d’amour romantiques. Elle s’ennuie profondément de sa vie, qui ne correspond pas à ses aspirations et à ses rêves. Pour échapper à cette morne réalité, elle épouse Charles Bovary, un médecin de campagne honnête mais médiocre et sans ambition.

Après leur mariage, le couple s’installe à Yonville, une petite ville de province. Emma, encore plus déçue par la vie conjugale et l’ennui de la bourgeoisie rurale, cherche l’évasion. Elle se lance dans des liaisons adultères, d’abord avec un riche propriétaire terrien, Rodolphe Boulanger, puis avec un clerc de notaire timide, Léon Dupuis.

Ces relations, qui devaient lui offrir le bonheur et la passion qu’elle idéalise, se soldent par des échecs cuisants. Rodolphe l’abandonne, et Léon ne peut subvenir à ses désirs de luxe et de vie mondaine. Pour maintenir le train de vie qu’elle rêve d’avoir, Emma s’endette lourdement auprès d’un marchand fourbe, Lheureux.

La chute d’Emma

Emma s’enfonce dans les dettes et le désespoir. Incapable de faire face aux remboursements, elle est confrontée à la saisie de ses biens. Rejetée par tous ses amants et ses prétendus amis, elle se retrouve seule et sans issue. Pour échapper à l’humiliation et à la ruine, elle se suicide en avalant de l’arsenic.

Pourquoi le roman est-il si important ?

Le réalisme : Flaubert a dépeint la vie de province avec une précision et un souci du détail sans précédent. Il a refusé de glorifier ses personnages et a montré la réalité crue et banale de leur existence.

Le style : Le roman est une leçon de style littéraire. Flaubert a travaillé sans relâche pour trouver le “mot juste” et a utilisé le discours indirect libre pour exprimer les pensées de ses personnages sans jamais les juger.

Le scandale : À sa publication, le roman a été jugé immoral et a conduit Flaubert à un procès pour “outrage à la morale publique et religieuse”. Son acquittement a fait de lui une figure majeure de la littérature française.

L’Éducation sentimentale (1869)

L’Éducation sentimentale est un roman de Gustave Flaubert, publié en 1869. Souvent considéré comme le pendant masculin de Madame Bovary, il est une fresque de la jeunesse française de 1840 à 1851, et l’histoire d’un échec et d’une désillusion.

Un jeune homme et ses désillusions

L’Éducation sentimentale de Gustave Flaubert suit la vie de Frédéric Moreau, un jeune homme ambitieux et naïf qui arrive à Paris en 1840 pour poursuivre ses études de droit. Rapidement, il se laisse emporter par les mondanités et les amours platoniques, délaissant ses ambitions professionnelles.

Frédéric rencontre et tombe éperdument amoureux de Marie Arnoux, l’épouse d’un marchand d’art. Cette passion est la force motrice de l’intrigue. Elle le rend passif, le poussant à fantasmer sur une relation impossible plutôt qu’à agir pour réaliser ses rêves.

En parallèle, le roman dresse un portrait détaillé de la société française de l’époque. Frédéric fréquente des cercles artistiques et politiques où il rencontre des personnages variés : le banquier corrompu Dambreuse, l’artiste désespéré Pellerin, le militant politique Deslauriers, et bien d’autres. Ces rencontres reflètent les bouleversements sociaux et politiques de la période, notamment la Révolution de 1848.

Les amours de Frédéric

Frédéric est incapable de s’engager dans une relation durable, sa vie sentimentale est une série d’échecs et d’amours ratées. Il a des liaisons avec d’autres femmes, comme la courtisane Rosanette et la bourgeoise Madame Dambreuse, mais aucune ne parvient à remplacer son amour pour Marie Arnoux. Ces liaisons sont éphémères et superficielles, et elles ne lui apportent ni bonheur ni épanouissement.

Le récit montre comment les espoirs et les rêves de Frédéric s’effondrent peu à peu. Il ne parvient pas à trouver sa place dans la société, échoue dans ses ambitions, et sa vie sentimentale se résume à des déceptions. Il est le symbole d’une jeunesse perdue, incapable de transformer ses aspirations en actions concrètes. Le roman se termine sur une note d’introspection, où l’on constate que les passions de jeunesse de Frédéric ne l’ont mené à rien.

Le roman se déroule sur fond de bouleversements politiques majeurs, notamment la Révolution de 1848 et le coup d’État du 2 décembre 1851. Flaubert dépeint une génération entière qui a vu ses espoirs et ses idéaux politiques et sentimentaux brisés. Le roman se termine sur une note sombre, où Frédéric, vieilli, se remémore avec son ami Deslauriers le seul moment de leur jeunesse où ils ont montré de l’audace, un simple passage dans une maison close.

Pourquoi le roman est-il important ?

Roman de l’échec : Contrairement aux romans traditionnels, L’Éducation sentimentale ne suit pas l’ascension de son héros, mais bien sa chute et son inaction. Il est une critique du romantisme et de ses illusions.

Le réalisme : Flaubert dépeint avec une précision historique et sociale la vie politique et artistique de l’époque. Son style est neutre et impersonnel, sans aucun jugement moral.

L’ennui : Le roman est une méditation sur l’ennui et le vide de l’existence, un thème central chez Flaubert. Frédéric est un anti-héros, un personnage passif qui ne trouve pas de sens à sa vie.

Bouvard et Pécuchet (posthume, 1881)

Bouvard et Pécuchet est un roman inachevé de Gustave Flaubert, publié à titre posthume en 1881. C’est une satire féroce sur la bêtise humaine et l’absurdité du savoir.

L’histoire de deux copistes

Le roman commence par une rencontre fortuite entre deux hommes, François Bouvard et Juste Pécuchet, qui se ressemblent étrangement et partagent la même profession de copiste. Ils se lient d’amitié et, après avoir tous deux hérité d’une fortune, décident d’acheter une ferme en Normandie pour se retirer de la vie parisienne.

Ils s’installent à Chavignolles, bien décidés à se cultiver et à vivre de manière autonome. Leur projet est simple : étudier tous les domaines du savoir humain et les mettre en pratique.

Une quête du savoir vouée à l’échec

Bouvard et Pécuchet se lancent avec enthousiasme dans une série d’expériences et d’études dans tous les domaines imaginables :

L’agriculture : ils lisent des traités et des manuels pour cultiver leur jardin, mais leurs tentatives se soldent par des échecs cuisants.

La médecine et la chimie : ils s’essaient à la médecine, concoctant des remèdes qui ne font qu’aggraver les maux de leurs voisins.

La politique : ils débattent de politique et de religion, mais leurs opinions changent à chaque nouvel ouvrage qu’ils lisent.

La science, la littérature, la philosophie, l’archéologie : ils abordent tous les sujets, mais leur manque de méthode et leur esprit de système les conduisent à la confusion et au ridicule.

Flaubert a laissé de nombreuses notes pour la suite du roman, où les deux hommes devaient revenir à leur première profession de copistes, copiés tous les documents trouvés, illustrant l’idée que le savoir ne mène à rien.

Œuvres dehors les romans

En dehors de ses célèbres romans, Gustave Flaubert a écrit plusieurs œuvres de genres divers, qui complètent son corpus littéraire et révèlent d’autres facettes de son génie.

Trois contes (1877) : C’est son recueil de nouvelles le plus célèbre, un chef-d’œuvre de la prose courte. Il est composé de trois récits : “Un cœur simple” (l’histoire d’une servante dévouée), “La Légende de saint Julien l’Hospitalier” (un conte médiéval sur la rédemption) et “Hérodias” (une version de l’histoire de Jean-Baptiste).

Le Candidat (1874) : C’est une pièce de théâtre, une comédie qui critique les mœurs politiques de l’époque. Flaubert a tenté d’obtenir un succès sur scène, mais la pièce a été un échec commercial et critique.

Le Dictionnaire des idées reçues (publié à titre posthume) : Il s’agit d’un projet satirique sur lequel Flaubert a travaillé tout au long de sa vie. C’est un recueil d’expressions et de clichés de la bourgeoisie, visant à exposer la bêtise et le conformisme de la société de son temps. Ce dictionnaire était destiné à faire partie du roman inachevé Bouvard et Pécuchet.

La Tentation de Saint Antoine (trois versions, 1849, 1856, 1874) : C’est un drame philosophique et poétique qui explore les thèmes de la tentation et de la sainteté. Flaubert y déploie un style riche et imagé, inspiré par ses lectures de Pères de l’Église et de philosophes.

Correspondance : Flaubert a laissé une correspondance abondante et de grande qualité, qui est aujourd’hui une partie essentielle de son œuvre. Ces lettres à des amis comme George Sand, Guy de Maupassant ou Louise Colet sont un témoignage précieux sur son processus de création, ses idées esthétiques et sa vision du monde.

Episodes et anecdotes

Gustave Flaubert, malgré sa vie de reclus à Croisset, a été le protagoniste de plusieurs épisodes marquants et d’anecdotes qui éclairent sa personnalité, son processus d’écriture et sa place dans le monde littéraire.

Le procès de Madame Bovary

L’épisode le plus célèbre de la vie de Flaubert est sans doute son procès pour outrage aux bonnes mœurs et à la religion en 1857, suite à la publication de Madame Bovary. Le procureur impérial Ernest Pinard a critiqué le roman pour son “réalisme vulgaire” et son immoralité. Flaubert a été défendu par l’avocat Marie-Antoine-Jules Sénard. Le procès a duré cinq jours et s’est terminé par son acquittement, un dénouement qui a non seulement sauvé sa carrière, mais a aussi fait de lui une figure incontournable de la littérature française. Le procès a paradoxalement contribué au succès du roman, attirant l’attention du public sur une œuvre perçue comme scandaleuse.

Le “gueuloir” et la quête du “mot juste”

Pour Flaubert, l’écriture était un véritable travail artisanal. Il est célèbre pour son “gueuloir”, une méthode qu’il utilisait pour tester la musicalité et le rythme de ses phrases. Il relisait ses textes à voix haute, les criant presque, pour s’assurer que chaque mot était à sa place et que la phrase avait une harmonie parfaite. Cette méthode symbolise sa quête obsessionnelle du “mot juste” et sa conviction que l’art de la prose était aussi rigoureux que la poésie. C’est à Croisset, dans la solitude de sa maison, qu’il s’adonnait à cet exercice avec une exigence sans faille.

La statue de Flaubert à Rouen

Une anecdote raconte que lors de l’inauguration de la statue de Flaubert à Rouen en 1907, son ami et disciple Guy de Maupassant aurait refusé d’y assister. Maupassant, qui avait une relation complexe d’admiration et de respect avec son maître, aurait déclaré qu’il ne pouvait supporter l’idée de voir Flaubert “transformé en bronze”. Cette réaction témoigne de la profonde affection et de la loyauté que Maupassant portait à Flaubert, un lien si fort qu’il ne pouvait le réduire à un simple monument.

Le dîner des auteurs et la blague de Taine

Lors d’un dîner chez le critique Hippolyte Taine, Flaubert a été la cible d’une blague. En pleine conversation, Taine lui a demandé : “Dites, Flaubert, vous savez que les huîtres sont les animaux les plus bêtes du monde ?” Flaubert, toujours sérieux, aurait répondu : “Non, je n’ai pas cette information.” Taine aurait alors fait un grand sourire et aurait ajouté : “Eh bien, vous voilà renseigné !” Cette anecdote, peut-être apocryphe, met en lumière le caractère austère et souvent austère de Flaubert, qui était plus à l’aise dans le monde des idées que dans celui des badinages sociaux.

Index des notes sur les romanciers et les mouvements littéraires
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